UNE APPROCHE DU DANGER : LES CINDYNIQUES

 

QUINZE ANS DE RÉFLEXION

Depuis 15 ans, la science du danger n'a cessé de progresser.

Les grands bonds en avant ont été constatés à l'occasion des colloques organisés dans le style IEC ; ce style se définit par :

  • des champs d'action diversifiés,
  • des cas concrets,
  • la recherche transdisciplinaire, la découverte de concepts et de principes communs à des champs d'action apparaissant à priori comme très étrangers les uns aux autres,
  • l'audace dans le dévoilement des sujets.

C'est ainsi que le colloque organisé au Palais de l'UNESCO les 7 et 8 décembre 1987 avait permis d'aller au-delà de l'accidentologie, technique d'analyse des traumatismes provoqués par les chocs des automobiles. Le mot grec KINDUNOS qui désigne le danger a été proposé par la Sorbonne pour désigner une science émergente dont attestaient les efforts convergents des méthodes des Risk Managers dans les industries suivantes :

  • production d'électricité par le nucléaire,
  • transport aérien,
  • programmes spatiaux ,
  • grande chimie,
  • grande métallurgie.

 

Les industries, en état de choc en 1987 du fait de la série Tchernobyl, Bhopal, Challenger faisaient état de calculs, de programmes informatiques, de systèmes élaborés de retour d'expérience. Ces inventaires ont permis la publication de l'Archipel du Danger comme monographie des laboratoires de recherches Cindyniques et des concepts utilisés transversalement par les industries les plus avancées.

Une concertation avec l'association américaine RIMS (Risk and Insurance Management Society) qui groupe les 6000 Risk Managers d'Amérique du Nord a conduit à la publication de Latest Advances in Cindynics (Ed. Economica 1994). Ce livre a été traduit en français sous la forme d'Eléments Fondamentaux de Cindyniques (Ed. Economica 1995) avec des compléments tenant compte de l'avance française dans cette discipline.

Les leçons de ces travaux appuyés par les colloques successifs organisés par l'IEC

Cindynics 1992 Cannes Janvier 1992 (250 participants, 800 pages d'actes)

Cindynics 1994 La Sorbonne 1994 (350 participants, 600 pages d'actes)

Cindynics 1997, La Sorbonne 1997 (350 participants, 400 pages d'actes)

ont conduit à dégager des concepts fort utiles dans les études de danger.

Le premier concept est celui de situation qui fait l'objet d'une définition formelle. Ce concept oblige à définir ce dont on veut parler dans une étude de danger. Conformément à la théorie moderne de la description, il faut pour définir une situation de danger (situation cindynique)

 

Ce regard porté sur le danger, cette perception du danger, se fait au stade actuel par référence à 5 dimensions différentes

 

1. La dimension des faits de mémoire de l'histoire et des statistiques.

C'est ce que l'on stocke dans les banques de données des grands systèmes de retour d'expérience (retour d'expérience des centrales EDF, analyse des vols à Air France, incendies de forêts dans le système DEDICS mis au point par le pôle Cindyniques de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris).

2. La dimension des représentations et modèles élaborés à partir des faits.

C'est la banque de connaissances qui sert d'appui aux calculs de physique, chimie, résistance des matériaux, mécanismes de propagation, de contagion, d'explosion, de géocindyniques (inondations, volcanismes, tremblements de terre, glissements de terrains par exemple).

3. La dimension des objectifs.

Il s'agit pour chacun des réseaux impliqués dans la situation d'expliciter ce pourquoi il vit, fonctionne, travaille.

Tâche ingrate, et peu souvent accomplie, que de préciser ce pourquoi on oeuvre ! D'où le constat souvent fait que telle organisation est "allée dans le décor" parce qu'elle ne savait pas de toute façon clairement où elle allait ! Par exemple, l'objectif "faire survivre l'entreprise" et l'objectif "protéger le client" conduisent à des attitudes cindyniques fondamentalement différentes que la société devra "trouver moyen d'harmoniser : c'est le domaine de la "transaction sociale" ... si possible démocratique !

4. La dimension des normes, lois, règles, standards et codes de déontologie, obligatoires ou de libre adhésion, contrôlés à priori ou non, etc...

Il y a un code de la route obligatoire qui limite les dangers de la circulation.

Il y a un code de fait pour manipuler son couteau à table : on ne blesse pas son voisin en gesticulant !

Si l'on prend une piste enneigée où évoluent d'autres "bolides", qu'en est-il du code de la piste ? Qu'en est-il des traumatismes enregistrés sur les pistes de ski et des normes, codes, règles qu'on peut en déduire qui régissent les situations de danger aux sports d'hiver ? Mais a-t-on défini les objectifs ? Se donner l'illusion de la liberté totale ou minimiser les risques ?

5. La dimension des systèmes de valeur.

Quand nous disons que la patrie est en danger, nous désignons un patrimoine objet de la menace qui, à l'examen, contient des valeurs fondamentales dont le respect peut conduire la population à des sacrifices de grande ampleur.

Quand les journaux parlent d'apocalypse, ils ajoutent souvent qu'elle met en cause tout notre système de valeurs.

 

Ces 5 dimensions peuvent être représentées sous forme de 5 axes, 5 espaces cindyniques. La conjonction de ces 5 axes est alors représentée par le produit de ces 5 espaces et constitue "l'hyperespace" du danger.

On observera qu'en combinant ces dimensions différentes, on obtient des domaines d'étude et de réflexion familiers :

 

Aussi, dans une étude du danger bien conçue, il faut associer à chaque réseau d'acteurs,

un état des lieux des 5 dimensions précédentes.