TOUJOURS PLUS
Le Ministre de l'agriculture, dans un grand quotidien du matin daté du 7 décembre 1998 expliquait que, dans la perspective de la levée de l'embargo sur les folles britanniques (je parle des vaches bien sûr !), " il s'inspire du principe de plus grande précaution ".Diable ! nous avions déjà le principe de précaution qui, à grand coups de démagogie, hésitait entre devenir un socle de confiance sociale comme le propose notre groupe " épistémologie ", ou bien critiquer notre arrière-arrière grand père qui n'aurait jamais dû oser domestiquer le feu vu tous les risques et les incertitudes !
Nous voici maintenant dotés de la taille au dessus : la " plus grande précaution "!
Le Ministre l'illustre (car les communiquants nous ont appris qu'on explique ni ne démontre plus, c'est ringard et ça indispose, maintenant on " illustre ") par quelques exemples qui paraissent relever plutôt de la banale prévention que de la précaution, même agrandie, telles que l'une et l'autre ont été bien distinguées lors du colloque " Risque et Société " en Novembre 1998 à la cité des sciences.
Quels combats astérixiens les bons Goscinny et Uderzo n'auraient-ils pas imaginés entre les goths
" Rhétoric ", " Dialectic " et " Cindynic ", sans oublier la séduisante " Déma Gogic " !
P.S. : Kindy est plus à l'aise en gaulois que le président en latin...
LE PRINCIPE DE NON PRECAUTION
"100.000 mexicains sont menacés par un regain d'activité du Popocatepelt" nous annonce un grand journal du soir le 22 mai 1997?Dans le corps de l'article, on peut lire la déclaration suivante d'un "responsable" parfaitement identifié : "nous n'évacuerons pas la population tant que nous ne serons pas certains que la situation est vraiment dangereuse".
Voilà qui va faire frémir les terroristes de la précaution.
TITRES ?
Titre d'un journal de province sérieux, le 13 janvier 1997 : "Un train déraille en Italie : 8 morts". Suit le premier récit du déraillement du "Pendolino" près de Piacenza, la veille.Titre du même journal, le 14 janvier 1997 : "Accident du Pendolino : polémique en Italie".
Ainsi donc avant même que la "boîte noire" ait parlé, que les faits soient rassemblés, c'est la POLEMIQUE qui prévaut.
La lecture de ces deux brefs articles illustre bien le goût de nos congénères pour la polémique. Voilà la sécurité prise en otage par les syndicats qui "dénoncent" et annoncent une grève "pour jeudi prochain pour attirer l'attention sur l'urgence de la sécurité" : que ne l'ont-ils fait jeudi dernier pour tenter de prévenir l'accident !
S'étant rendu sur place, un Ministre " a exclu catégoriquement l'hypothèse de l'attentat" : voilà un homme perspicace qui aurait pu rendre de grands services aux enquêteurs qui cherchent toujours à comprendre l'accident du vol TWA800 !
Un "directeur" des chemins de fer affirme qu'il n'y avait pas de système XYZ" ; or, à ma connaissance, il n'y aurait pas non plus à bord le système YAKAFOKON, ni le célèbre TOUJOURS PLUS, qui auraient certainement pu jouer un rôle préventif ! Quant à l'inéluctable Commission du jour (les Commissions du jour sont à la sûreté ce que le plat du jour est au menu : composées avec ce qu'on a trouvé au marché du jour), elle a 30 jours pour répondre à tout. Tant pis s'il faut 31 jours pour mener bien une importante expertise ; on s'en passera et cela permettra de relancer notre vieille campagne la polémique le 32ème jour !
De la même façon, après l'incendie du tunnel sous la Manche a-t-on vu se développer une polémique sur "y avait-il, oui ou non, de la fumée avant que le train ne pénètre dans le tunnel ?"
Je pressens le malentendu, les phrases imprécises auxquelles on veut faire dire ultérieurement plus que ne le pensait celui qui s'est exprimé "dans le feu de l'action". Lorsqu'un mécanicien dit (s'il a dit !)"il n'y avait pas de fumées avant le km x", veut-il dire qu'il n'y avait physiquement aucune fumée nulle part sur le train, ou bien plutôt qu'aucun signal de présence de fumée ne lui est apparu avant ce point ? Dans le second cas, il n'y a plus rien de polémique à ce qu'un observateur extérieur et le mécanicien aient disposé d'informations différentes.
Cindyniciens, mes frères, pratiquons la rigueur scientifique, que malheureusement je n'ai jamais vu au programme des écoles d'ingénieurs, des facultés : "je n'ai pas vu de signal de fumée" et "il n'y avait pas de fumée" n'a pas le même sens.
Enseignons que rassembler des faits à propos d'un accident et les mettre en cohérence prend un temps et consomme des moyens techniques et humains considérables. Cela n'est d'ailleurs que le revers de la qualité croissante de la prévention : plus "sûr" est le système, plus incompréhensibles en sont les défaillances !
Soyons ouverts pour montrer comment, jour après jour, va pouvoir se reconstituer le puzzle des hypothèses, car nous devons aux victimes et à ceux qui continuent à utiliser nos matériels, les informations sur la base desquelles ils pourront rebâtir leur confiance ébranlée, cette confiance sans laquelle nous n'existons pas.
Enfin, tentons de prêcher le sens des responsabilités : maintenant que nous savons reconnaître que nous ne sommes pas "propriétaires" des risque que nous gérons, ne laissons pas d'autres intérêts se les approprier. Sûreté, sécurité ne sont pas objets d'appropriation.
Bonne nouvelle : Kindy croit en l'éthique !
Pourquoi un pingouin....Il s'agit d'une histoire racontée au Conseil d'Administration à la veille du Colloque de Cannes en 1992 qui a conduit ce jeune animal dans notre référentiel...Depuis, un pingouin (en peluche) est remis à la communication la plus novatrice à chacune de nos manifestations.