CINDYNIQUE DE
L'AMIANTE
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Le problème de l'amiante est parvenu au devant de 1'actualité courant 1995. Journaux et revues y consacrent colonnes et articles. Il constitue l'une des grandes crises au même titre que le sang contaminé ou la vache folle. Ses conséquences économiques risquent de dépasser celles liées à ces dernières, car le problème couvait depuis une vingtaine d'années.
1 - Les coupables
L'amiante est un minéral connu depuis longtemps(1)
Les premières extractions du sol remontent au milieu du dix neuvième siècle. Vingt ans plus tard naissait l'industrie de l'amiante, qui a connu un très grand développement surtout après la dernière guerre mondiale, étant donné ses remarquables propriétés de résistance thermique, mécanique, chimique, électrique, acoustique...
Il existe plusieurs variétés d'amiante. Deux ont été largement répandues : le chrysolite (amiante blanc) et l'amosite (amiante brun). Elles ont les mêmes nocivités, la première de façon moins prononcée. Elle exige des doses absorbées plus importantes pour les mêmes effets. Seul le chrysolite est maintenant autorisé dans l'Union Européenne.
L'amiante se présente en couches de faibles épaisseurs, elles- mêmes formées de microfibres dont les dimensions sont pour la chrysolite de l'ordre de 30 manomètres et de centaines de manomètres pour l'amosite, donc nettement plus grosses,
Les principaux pays producteurs sont le Canada et la Russie d'une part (pour 80% de chrysolite) et l'Afrique du Sud d'autre part.
Il existait en Corse, une faible production. Elle a cessé depuis 30 ans.
Les emplois de l'amiante ont été sans cesse diversifiés et ont envahi tous les secteurs d'activités. On le trouve, outre les mines, et sans être exhaustif :
- dans les bâtiments (habitations, bureaux, établissements, commerces, usines, ... )- dans des articles très répandus, des accessoires ménagers aux vêtements, jouets, véhicules, revêtements etc.
L'amiante apparaît sous différentes formes :
- en vrac (bourre de calorifugeage, flocage (2), poudres)- en tresses ou tissages (cordes, vêtements, joints...)
- en mélanges, notamment dans le ciment et dans des liants, donc partout où il y a installations et activités humaines.
2 - Les agressions
C'est vers 1900 et en Angleterre, que sont identifiées et reconnues les premières manifestations pernicieuses sur la santé humaine, sous forme d'abestoses (3)
Les connaissances ont depuis beaucoup progressé et l'amiante est ressenti maintenant à juste raison comme présentant un grand danger quand il est utilisé et manié sans précaution.
C'est l'air inhalable contenant en suspension et en grandes quantités des fibres de silicates qui en est le vecteur essentiel.
Après pénétration dans l'organisme, cet air est naturellement épuré grâce aux microcils et aux macrophages qui défendent le poumon ; mais des fibres atteignent celui-ci et la plèvre par migration.
L'interaction est complexe, caractérisée par la nature et les dimensions des fibres, les réactivités de surface, la solubilité dans les liquides biologiques, la fixation définitive sur les parois et les évolutions qui s'en suivent (4).
Les deux variétés d'amiante commerciales se comportent différemment. Le chrysolite est aussi cancérigène mais demande des temps de latence qui arrivent à dépasser la durée de la vie humaine : car exigeant des doses beaucoup plus importantes. Il en résulte que la genèse de cancers représente dans ce cas, un risque beaucoup moins élevé.
Les effets dépendront de l'exposition elle-même fonction des doses et des durées d'absorption.
La concentration de l'air s'exprime en nombre de fibres par unité de volume (5). Elle dépend du débit de la source, du taux de renouvellement de l'air (6), de la distance, et du type de source continue, ou intermittente, constante ou non.
L'évaluation du risque sera liée à la connaissance de l'exposition, difficile à connaître et à reconstituer. Il faut en effet savoir, que le "temps de latence", ou temps écoulé depuis le début de l'exposition, jusqu'à détection de la maladie, s'exprime en dizaine(s) d'année(s). Le risque sera d'autant plus difficile à évaluer que les données du passé manquent.
On distingue:
- le cas des professionnels (1920 heures par an)- le cas des "passifs" qui va de l'exposition continue à des expositions intermittentes. La détection de la maladie s'exprime en dizaine(s) d'année(s). Le risque sera d'autant plus difficile à évaluer que les données du passé manquent, et à une intermittence qui reste à apprécier en fonction de l'environnement qu'on a fréquenté.
Aucune évaluation systématique n'a été menée à bien avant 1977. Il existe depuis cette date une déclaration obligatoire pour les travailleurs exposés, et une surveillance médicale associée.
Des "matrices probabilistes" selon le type d'activité ont été établies, constituant un répertoire "emplois/expositions" permettant d'apprécier les cas individuels (1).
3 - Les affections
Quatre maladies sont reconnues:
- Le mésothéliome pleural
C'est le cancer de la plèvre et il n'y a pas, à ce jour de mésothéliome sans amiante.Les premiers cas ont été identifiés en 1960 chez les mineurs d'Afrique du Sud, puis dans d'autres secteurs d'activité.Il existe, beaucoup plus rarement, un mésothéliome péritonéal. La maladie débute par une pleurésie et à partir de sa mise en évidence l'espérance de vie est de 15 mois en moyenne. Il y a eu environ 900 cas en France en 1992 et 150 cas pour le cas péritoine. Les examens de suivi sur différentes cohortes professionnelles ont conduit à un modèle doses cumulées- effets qui est linéaire et ne montre pas de seuil.
- Le cancer du poumon
C'est dans les années trente qu'on a relevé un excès significatif de cancers du poumon chez les professionnels de l'amiante. C'est en 1977 que l'amiante a été classé cancérigène. La transformation maligne a lieu après une longue période: quinze à vingt ans. Tout autre agent cancérigène accroît le risque de façon multiplicative. C'est tout naturellement le cas du tabac qui multiplierait par cinq la probabilité de cancer, toutes choses égales. La moitié des cancers professionnels identifiés de 1988 à 1991 ont été attribués à l'amiante, mais ceci n'est pas certain car l'étiologie dépend de plusieurs facteurs.Les temps de latence vont jusqu'à 30-40 ans. On ne connaît pas de cas au-dessous de 25 ans, mais la plupart sont au delà de 50 ans (8). Les signes en sont l'essoufflement et l'expectoration. Le diagnostic est établi par radiographie pulmonaire, scanner thoracique, Exploration Fonctionnelle Respiratoire (EFR), analyse des expectorations. Dans le cas des expositions "passives", il y un manque important de données et le problème est au coeur des controverses. Là, il n'y à guère de cohortes possibles (9).
- Les asbestoses pleurales
Il s'agit là de fibroses pulmonaires et d'inflammations amenant des apnées, par empêchement des échanges gazeux au niveau des capillaires. Elles peuvent dans les cas graves entraîner la mort, l'intensité étant proportionnelle àla dose. Il y faut de fortes expositions cumulées. Des signes précurseurs existent : opacités pulmonaires, plaques pleurales, pleurésie.. Le cancer pulmonaire peut survenir sans asbestose.
- Les lésions pleurales bénignes
Ce sont des épaississements pleuraux, peu invalidants, mais qui limitent la capacité respiratoire.
Remarque: On n'a pas pris en compte, sauf mésothéliome péritonéale, des cancers "extrathoraciques" donc impliquant de nombreuses parties du corps et viscères. Les données sont insuffisantes pour établir la moindre relation causes- effets.
4 - Relations doses- effets
L'établissement d'une relation dose- effet est déduite des expositions relevées dans le passé et établies avec des méthodes contestables.
Il faut distinguer entre les effets déterministes qui n'apparaîtront qu'au dessus d'un certain seuil de dose et les effets stochastiques pour lesquels c'est la probabilité d'apparition qui est en fonction de la dose.
Il y a lieu de disposer de données, plus nombreuses et mieux représentatives, avant de bien comprendre les mécanismes d'action sur l'organisme humain.
Des études sont menées à cette fin:
- sur les cellules in vitro de l'homme et du rat. On recherche des mutations géniques, et plutôt chromosomiques, ainsi que les processus chimiques- sur certains animaux a qui on fait subir des inhalations et des instillations locales, avec des fibres longues, les plus nocives. On relève des tumeurs pulmonaires et des mésothéliomes dans 60% des cas.
Il faut poursuivre en appliquant soit des faibles doses longtemps ou des doses fortes pendant de faibles durées.
De nombreux paramètres interviennent : dépôt dans l'appareil respiratoire, transfert vers le poumon et la plèvre, biopersistance et dissolutions. C'est la dose cumulée d'exposition qui importe et sa relation avec le comportement de l'organisme.
Dans le cas du mésothéliome, l'évaluation du risque est encore plus incertaine. Il y aurait 1000 cas par an pour 56 millions d'habitants, à comparer aux 25000 cas de cancers de poumon.
On exprime cette dose en nombres de fibres par millilitre multiplié par le nombre d'années. Ceci vaut pour les professionnels car il y a discontinuités dans l'exposition.
Dans d'autres cas les concentrations sont en fibres par litre (car les concentrations sont beaucoup moins élevées) mais les périodes d'exposition sont difficiles à apprécier.
Dans le cas de l'asbestose, il existe un seuil de l'ordre de 1 fibre/ millilitre pendant 40 ans pour les professionnels. Les niveaux autorisés ayant été réduits (février 1995) à 0,17/mI, on maîtrise la fibrose pulmonaire.
Le cas des cancers est différent. La loi est stochastique car l'initiation cancéreuse est au niveau de la cellule. La mutation une fois réalisée va se multiplier et amener la maladie.
Quel pourcentage de cancers peut-on attribuer à l'amiante ? Le taux moyen de cancer du poumon est actuellement de 6 pour 10000 (0,8 pour un non fumeur et 8 pour un fumeur).
Avec des expositions moindres de 0,7/ml pendant 40 ans, on estime que l'accroissement attribuable à l'amiante n'est pas significatif.
Le cas du mésothéliome est très différent. On a dit qu'il était toujours dû à l'amiante. Des doses beaucoup plus faibles paraissent suffire.
Si les dispositions actuelles devaient tarir les asbestoses et cancers du poumon, on constate par contre que les plaques pleurales sont de plus en plus fréquentes, antichambres du mésothéliome.
5 - Cas des faibles doses
C'est dans ce domaine que s'expriment les plus vives controverses.
On a peu de résultats concernant les occupants passifs de bâtiments amiantés. Le campus de Jussieu (30 ans d'âge) que fréquentent 38000 étudiants, et 10000 salariés a fait l'objet d'une étude en distinguant les personnels de maintenance et de laboratoire, les occupants permanents de locaux renfermant de l'amiante, et permanents affectés à des locaux anciens sans amiante.
On ne relève aucun signe résultant d'une exposition aux fibres d'amiante dans les deux derniers groupes. On a noté des plaques pleurales dans le premier. Ceci confirme d'autres résultats.
Le risque de cancer pulmonaire ou de mésothéliome n'apparaît donc pas pour des expositions dans les locaux où la teneur en fibres est inférieure à 3 ou 5 fibres par litre.
Il ne faut donc pas imputer à l'amiante des cancers dont il ne serait pas responsable, mais multiplier les études et surveillances pour asseoir nos connaissances.
6 - Crise de l'amiante
Presqu'un siècle après la mise en évidence de manifestations sur la santé humaine, nous vivons la "crise de l'amiante", en parallèle avec celle de la '.vache folle" et d'autres, moins aiguës.
Dans les deux cas, il s'agit:
- d'une crise étendue et durable, avec dans le premier cas un agent qui est un matériau en suspension dans l'air, agissant essentiellement par inhalation et dans le second un agent biologique, transmis par contagion,- des temps de latence longs et variables, plus dans le cas de l'amiante (10),
- de prises de conscience longues à venir dans la population, spécialement pour l'amiante,
- d'un développement médiatique insuffisamment contrôlé.
La crise actuelle a été placée au grand jour par les médias tout récemment alors qu'il y a une dizaine d'années, les effets de l'amiante étaient sur le même plan que ceux de certaines maladies, telles que la tuberculose.Le dossier de l'amiante est devenu l'un des grands dossiers de santé publique ces dernières années, rejoignant celui de la transfusion sanguine.
Ce sont en fait six décès suspects d'enseignants à Gérardmer qui sont à l'origine de l'alarme, bien que ne semblant pas être imputables à l'amiante.
Les pays européens voisins du notre avaient déclaré la guerre à l'amiante depuis plus de vingt ans, en introduisant des limitations et des interdictions, depuis qu'on ne pouvait douter des effets aux expositions élevées.
Rappelons ici quelques dates:
- 1906: Premier cas mortel par asbestose en France.- 1931 : Premier cas de mésothéliome identifié, en Grande Bretagne, mais non relié à l'amiante à cette époque, d'où les premières limitations (2 fibres par centimètre cube).
- 1933 Premier cas de cancer reconnu comme dû à l'amiante.
- 1955: Le premier cancérigène dû aux "amiantés" ne fait pas de doute (Doll R. Br. J of Ind. Med. 1955)
- 1960: Corrélation établie entre les maladies de l'amiante et la proximité des mines et de l'industrie.
- 1965: Premier cas de mésothéliome pleural en France.
- 1975: L'amiante classé poison mortel par des spécialistes réunis à Lyon.
Devant la multiplication des indices, un Comité Permanent de l'Amiante (CPA) est constitué en 1982, toutefois sans statut siège social et Président. Il a pour mission de débattre de toutes les questions relatives à l'amiante.
Le CPA était financé par l'Association Française de l'Amiante et comprenait des représentants de cinq ministères, des responsables d'entreprises publiques, de la ligue de défense des consommateurs, des représentant de laboratoires agrées et des syndicats.
Le CPA s'est réuni et a édité des brochures concernant l'amiante: mais quelles étaient ses missions ? Il est maintenant très critiqué, accusé par certains, d'avoir simplement occupé le terrain pour retarder la crise et compromettre des spécialistes.
Pour d'autres, il poursuivait la réalisation d'un consensus entre pouvoirs publics, industriels et syndicats afin de continuer à utiliser l'amiante en minimisant les risques.
Notons que les représentants de l'Etat et les syndicats ont quitté le CPA en 1995.
Quatre ans et demi pour l'EBS ; une quinzaine d'années pour le cancer du poumon et jusqu'à 40 ans pour le mésotheliome.
Les Etats Unis ont pris de telles mesures dès 1946, avec des règles de plus en plus sévères jusqu'en 1996 en passant de 15 fibres par millilitre d'air à 0,1 cette année.
C'est en mai 1995 que le gouvernement a demandé un rapport à l'INSERM, remis en 1996. Celui-ci confirme le bien fondé des mesures prises et s'étend sur la nécessité d'acquérir des connaissances complémentaires.
A sa suite, de nouvelles mesures ont été décidées : interdiction de fabriquer, importer, vendre des produits à base d'amiante à partir de 1997, ce qui pose d'ailleurs le problème du remplacement de l'amiante.
Il y a quelques dérogations quand il n'existe pas de substituants (cas des vêtements ignifugés, des freins de véhicules )
7 - Conséquences économiques: gavité du risque
Elles concernant l'indemnisation des victimes et l'industrie de l'amiante et de ses substituts, ainsi que les travaux de remise à hauteur. Il est trop tôt pour fixer les coûts.
Indemnisation
Les victimes sont à priori des malades et des morts professionnels, para- professionnels et passifs. Les indemnisations potentielles peuvent être très importantes compte tenu des temps de latence. Certains prévoient 150 000 morts sur les 30 prochaines années. L'INSERM indique 1950 morts pour cette année et 10 000 par an vers 2020, compte tenu des temps de latence. Le recensement impliqué sera nécessairement difficile sinon impossible étant donné les difficultés à reconstituer le passé et le manque de soin de l'époque.
Ce problème donne déjà lieu à des actions judiciaires invoquant les "blessures involontaires et les nuisances à l'Environnement" avec plainte contre les Pouvoirs Publics et les Scientifiques.
Remises à niveau
La décision prise le 03.07.96 de cesser toute production et toute commercialisation a eu des conséquences immédiates : chômage technique, licenciements, reconversions. La filière française de l'amiante concerne 3 500 emplois avec un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de francs (1993). Deux entreprises sont particulièrement touchées : Etemit et Saint Gobain.
Recensement
Les obligations sont instituées par le décret du 07.02.96 concernant les immeubles collectifs quelque soit leur vocation. Un inventaire doit être dressé, des parties comportant de l'amiante, là où il y a eu flocage et calorifugeage, et là où il se trouve sous d'autres formes.
Le délai pour mener ces opérations à bien est estimé à quatre ans avec une priorité pour les locaux à vocation d'enseignement, de la crèche à l'Université, puis des établissements à fins sanitaires et sociales, y compris les bureaux. L'ancienneté des immeubles intervient. L'amiante est souvent présent aussi dans les chaufferies.
On estime de cinquante à cent millions de mètres carrés les surfaces à contrôler et traiter (11). La dépense est évaluée, au départ à 65 à 130 milliards de francs.
Du côté des propriétaires privés, une forte dévaluation du patrimoine est redoutée.
Reconnaissance de l'amiante
Il y a lieu de n'intervenir que là où l'amiante est réellement présent ou lorsqu'un délitement est probable (envol de fibres par dégradation du liant).
La présence est reconnue par microscopie optique et électronique.
Outre la détection, il faut reconstituer l'historique, prendre en compte les populations exposées, effectuer des prélèvements, analyser au laboratoire etc...
Désamiantage
Il est obligatoire là où se trouvent flocage et calorifugeage. Si le matériau amianté est très dégradé, il faut l'enlever. Ceci exige de sérieuses précautions. Des règles préventives sont à établir et à respecter dès le début. Il faut absolument empêcher toute contamination massive par remises en suspension des fibres. Ceci exige le confinement des locaux à traiter, des tenues d'intervention, une surveillance permanente.
Les entreprises qui effectueront ces travaux devront-elles être agrées ? Qu'exigera-t-on effectivement d'elles ?
Un autre problème important concerne les déchets. Quels conditionnements ? Quels transports ? Quelles destinations finales ? Autant de questions à résoudre.
Et enfin par quel(s) matériau(x) remplacera-t-on l'amiante ? Des études sont à faire ; des points de vue industriels, économiques et avant tout médicaux.
8 - Analyse cindynique
On peut, en se rapportant à l'hyperespace cindynique de Georges-Yves Kervern, considérer les déficits systémiques cindynogènes (DSC). Amenés par les retours d'expérience, ce sont des causes générales que l'on retrouve, en plus ou moins grand nombre dans le cas des accidents et des crises, qui sont toujours dues à une conjugaison de ces DSC. Quels sont ceux qui interviennent dans le cas de la crise de l'amiante, qui représente un risque technologique, social, économique ?
- Peut-on parler de manque de connaissances ? Celles-ci sont relatives aux mécanismes intérieurs à l'organisme humain conduisant aux maladies de l'amiante, et à l'évolution des composés d'amiante présents dans tout notre environnement. Des études sont à mener encore, mais ce n'est pas ce manque de connaissance qui a empêché la prise de conscience des effets biologiques de l'amiante.
- A-t-on sous estimé le risque ? Certainement car on n'a pas cherché à approfondir la relation doses/effets pour les quatre grandes catégories de maladies, à la base de l'évolution temporelle ultérieure du nombre des cas, surtout en ce qui concerne les personnes impliquées dans le travail sur l'amiante, au sens large, et compte tenu des longs temps de latence mis en évidence depuis suffisamment de temps.
- Le déficit "Productivisme" joue aussi un rôle indéniable chez certains. La tentation était grande, compte tenu des nombreuses qualités de l'amiante et de ses nombreux débouchés, de remettre à plus tard toute l'étude plus sérieuse de nocivité.
Il y a aussi une dilution des responsabilités. Le Comité Permanent de l'Amiante a rassemblé des personnes de toutes provenances et compétences sans qu'il en sorte, à notre connaissance, une appréciation des risques et une politique affirmée de prévention et de précaution ; compte tenu des connaissances déjà acquises à sa création.
La prise en compte insuffisante des retours d'expérience constitue un autre déficit présent.
Le "calendrier de l'amiante" établi depuis le début de ce siècle en fait foi.
Le concept de déficit systémique cindynique a été généralisé, à partir de l'hyperespace cindynique, aboutissant à un ensemble de 27 D.S.C. liés aux axes de cet hyperespace. La crise de l'amiante, comme celle de la vache folle, d'ailleurs offre une occasion très intéressante pour une application plus méthodique de cet hyperespace. Il est souhaitable qu'une telle réflexion soit entreprise.
Si plusieurs déficits sont présents, un "antidéficit" important l'est aussi. C'est celui du monde médiatique. Ainsi que le déclare dans son éditorial le Président de l'I.E.C. les cindyniciens doivent garder la tête froide, apprécier et faire apprécier les risques à leurs justes dimensions. Il faut aussi mettre en évidence les enseignements et actions réalistes à en retirer et à mener pour dimensionner les crises à leur plus juste valeur et bien dégager ce qu'elles apportent face à l'avenir.
Beaucoup de crises ou "pré-crises" existent, à propos desquelles on a entendu certains scientifiques dire tout et le contraire de tout. Il faut disposer d'un juste recul par rapport à l'actualité, ce que les médias ne permettent pas toujours.
Les crises sont caractérisées par un certain nombre de critères dont il y aurait lieu d'établir une liste aussi exhaustive que possible. Ils ne sont pas tous significatifs dans chaque crise. Ne pourrait-on leur attribuer un poids, permettant de mieux relier l'importance de la crise, à la perception que les différents milieux en ont pour ainsi mieux évaluer les crises ?
9 - Conclusions
L'amiante représente un risque sanitaire qu'on ignorait au moment où il s'est imposé grâce à un ensemble de propriétés remarquables. Ses nocivités sont peu à peu apparues. Elles ont été insuffisamment appréciées il y a vingt ans pour mettre en place une prévention et une protection efficaces afin de diminuer le risque, d'où une bombe de retardement qui a éclaté en 1995.
Il faut tout d'abord reconnaître, évaluer, hiérarchiser tous les aspects des risques de l'amiante dans la situation actuelle et agir en conséquence en ce qui concerne les traitements de remise à niveau. Le déflocage même s'il est médiatique n'est pas la seule solution technico- économique à envisager.
Il faut aussi mener des études pour préciser l'action de l'amiante dans l'organisme humain, et surtout le faire pour les produits de remplacement (laines de verre et roche) afin que ces produits ne soient pas des bombes à retardement dans 10 à 20 ans.
Il faut enfin mieux évaluer le coût que représentera le problème de l'amiante dans la prochaine décennie en tenant compte de son implication mondiale.
Toute diminution de risque peut en accroître d'autres, à moyens financiers quasi constants. Qu'on le veuille ou non, les efforts consentis pour l'amiante peuvent manquer ailleurs et on est obligé de comparer les morts (et blessés et malades) entraînés par des risques différents. Il y en par an de 8 à 9000 sur la route, 50000 par le tabac, 500 seulement lors des incendies..., grâce à l'amiante!
Il ne faut donc pas surestimer le risque, alarmer outre mesure. La campagne actuelle sur l'amiante tend à donner le sentiment que là où est l'amiante règne un grand danger, et comme l'amiante est partout ... !
Il faut distinguer encore entre le risque élevé face aux professionnels et encore plus aux intervenants pour maintenance, et celui dit passif là où seul un calme règne.
On évitera ainsi les prévisions épidémiologiques pessimistes démenties par la suite.
Francis DELOBEAU
(1) Amiante : terme masculin, commercial, dérivant du grec et signifiant 'incorruptible'.
(2) Application sur support adhésif
(3) Il s'agit d'une fibrose pulmonaire provoquant des difficultés respiratoires.
(4) Cette 'biopersistance' est moins élevée pour le chrysolite qui se dissout dans un milieu acide.
(5) (Fibres par millilitre pour les professionnels et fibres par litre pour les personnes subissant une exposition passive.
(6) L'amiante "est partout', non seulement dans l'air, mais aussi dans l'eau, voire dans les aliments, mais c'est la voie respiratoire qui importe ici très essentiellement.
(7) Les professionnels sont sur les lieux de production, de transformation et d'utilisation. Il faut mentionner les 'para professionnels' qui font du bricolage au contact de matériaux amiantes et enfin les personnes qui habitent ou travaillent dans des locaux dont l'air contient effectivement desfibres d'amiante. Toute évaluation de dose exige alors des mesures.
(8) Il y a les foyers endémiques d'expositions "naturelles', Près des mines (Turquie, Grèce, Nouvelle Calédonie, Corse).
(9) La concentration de 5 fibres par litre dans les locaux ne représente qu'un risque négligeable. Pour un million de personnes, on dénombre 32 000 décès de cancer du poumon chaque année. Une exposition à 5 fibres par litre ne majore ce chiffre, à partir de la relation dose- effet établie que 0,6 cancer, pour une période de six ans
(10) Par le décret du 18.09.77 la France limite les doses d'exposition et leurs durées à 2 fibres par millilitre sur 8 heures de travail, puis à 0,3 et 0,l sur une heure
(11) Des centaines de milliers de m2 dans les hôpitaux, bien davantage dans les écoles, collèges, lycées et universités. Dans ces dernières 5% des surfaces (300 000 m2) sont concernées. Le cas de Jussieu est dans l'actualité Le déménagement complet est souvent irréaliste : il faut procéder avec locaux provisoires et progressivement
© Institut Européen de Cindyniques- Lettre n° 20 - Novembre1996