Compte rendu du deuxième séminaire du réseau francophone
de prévention des traumatismes et des accidents

MONTREAL 16-18 JUIN 1997

 

Le Docteur Christine DUVAL est médecin de santé publique au Ministère de la Santé, responsable depuis 1985 du programme européen sur les accidents domestiques dénommé EHLASS (European Honie and Leisure Accident Surveillance System). Elle est à la base de sa mise en place, de son développement, de son exploitation. De nombreuses brochures ont été réalisées grâce aux données de cette enquête, pour l'information du public niais aussi pour d'éventuelles modifications de produits détectés comme dangereux.

Sa formation de départ est hospitalière: interne, puis chef de clinique à Paris, enfin assistante aux hôpitaux à Reims. Elle a été pédiatre, anesthésiste infantile, et s'occupe actuellement de la santé publique.

La réunion du Québec rentre dans le cadre d'un réseau ou chacun des participants a une expérience dans son pays des accidents et de leur prévention. Les séminaires sont là pour faciliter le partage d'expériences.

 

Ce séminaire succède à une série de rencontres qui ont mené à la création de ce réseau international en 1995 à Paris. Il est le fruit d'une collaboration entre la France, la Belgique, la Suisse et le Québec, des équipes francophones travaillant à la prévention des accidents domestiques. La volonté de l'Organisation Mondiale de la Santé d'encourager une dynamique francophone dans les activités internationales a aussi facilité le regroupement des intervenants au sein de ce réseau.

 

A la fin du premier séminaire à Paris en Octobre 1995, il avait été décidé:

1 - de mettre en place une formation internationale en promotion de la santé,

2 - de créer une monographie sur les approches de promotion de la santé,

3 - de créer un glossaire des principaux termes dans le champ des accidents,

4 - d'étudier la possibilité d'harmoniser certaines banques de données,

5 - de réaliser la publication des actes du premier séminaire,

6 - de réaliser un annuaire des intervenants et organismes sur ce thème.

 

La sous ministre de la Direction de la Santé Publique du Québec, en faisant l'introduction du séminaire a rappelé l'importance de la Santé Publique. Elle a aussi souligné les problèmes de coût de la santé. Le Canada, comme les autres pays, est confronté à un gros problème de déficit. La santé doit subir une réduction de son budget de 30%, en 1998. Les programmes de prévention seront donc plus intégrés dans des programmes régionaux ; certains seront même annulés.

 

Il a été question de la "Définition de la Santé Publique"

 

La Santé Publique est un champ et une organisation, qui ont pour mission de garantir la santé de la société, et dont les limites évoluent constamment. Ce fut d'abord au XIX ème siècle l'hygiène publique ; la préoccupation était de limiter les épidémies. Elle intègre maintenant aussi tous les types de violence.

Actuellement plusieurs systèmes existent:

- systèmes de santé d'entreprises (USA), un système limité et fragmentaire.

- systèmes d'orientation vers le bien-être en Allemagne et au Canada ou il a une origine sociale.

- systèmes de santé publique plus intégrés, : Grande Bretagne, où la santé publique est une philosophie.

 

Les défis dans l'évolution de programme de recherche au sein de la communauté

Pour réaliser une action en santé publique, il faut d'une part la définir, et d'autre part choisir un terrain favorable.L'évaluation doit permettre d'avoir des résultats, de connaître, que l'on veut savoir et transformer ce savoir en action. Il faut que le chercheur et l'objet de recherche soient bien en phase. Il faut ensuite accumuler les connaissances. On ne peut construire la connaissance que sur les connaissances existantes. Dans les recherches, il faut s'ouvrir à des non chercheurs, voir la réalité des autochtones et travailler avec eux. Le chiffre est une illusion de rationalité. Il est une aide à la décision. Il est une logique de connaissance et non d'action. L'interface est dans le cerveau qui interprète les chiffres. Il est impossible d'harmoniser les méthodes dans les différentes communautés mais il est par contre nécessaire d'être en dialogue avec d'autres programmes et développements locaux.

 

Évaluation de la trousse RAPPID

Cette trousse réalisée pour le traitement en urgence des intoxications à la maison, comporte des traitements médicamenteux simples: sirop d'épicéa, bouteille de charbon activé, mémo téléphonique plastifié incluant les traitements à prendre en cas d'empoisonnement, autocollant du centre antipoison et trois livrets d'information (antidotes des produits dangereux, règles de base en prévention, gestes à faire en cas d'urgence). Cette trousse est remise à chaque parent d'enfant de 12 mois qui vient se faire vacciner dans un centre de prévention. Une évaluation a montré que cette distribution a entraîné un changement dans les connaissances, les attitudes et les comportements des gens qui la reçoivent. Le Centre antipoison du Québec préconise l'implantation de ces trousses au niveau provincial.

 

Registre national des intoxications à l'oxyde de carbone (CO) en Belgique

 

Les objectifs de ce registre sont de disposer de données fiables sur la morbi-mortalité liée à l'oxyde de carbone. Cette collecte a aussi pour avantage de sensibiliser les acteurs de santé. Les collectes locales sont importantes. Les autres données sont surtout les décès (DC), les résumés standardisés de sortie (RSS) dans les hôpitaux.

Il y a lieu de :

- valider les critères climatiques.

- évaluer le système d'expertise mis cri place. - déterminer les causes d'accidents.

- surveiller d'éventuelles fluctuations au cours du temps.

- dépister l'apparition de nouveaux risques.

Il semble important pour le centre antipoison belge d'avoir des données nominatives pour localiser les lieux à risques et faire des campagnes de prévention adaptées.

 

Prévention des suicides au Québec

Le suicide est la première cause de décès chez l'homme entre 20 et 50 ans (4 décès sur 5), et l'on note une augmentation constante, malgré les centres de prévention du suicide qui sont majoritairement visités par les femmes. Pour mieux connaître les suicidants, le bureau des coronners (qui s'occupe des décès) a mené des enquêtes complémentaires sur tous les suicides.

Il y a peu de liens entre l'état des connaissances et les activités de prévention.

 

Les définitions : traumatismes ou accidents ?

Elles ne sont pas très claires pour tous.

Une approche récente anglo-saxonne substitue au terme d'"accident'' celui de "traumatisme", mettant ainsi l'accent sur l'atteinte corporelle et/ou psychique. Cette approche qui se veut résolument sanitaire, conduit à inclure toutes les causes de traumatisme, qu'il s'agisse d'accident, de suicide, d'homicide ou d'agression. Le dénominateur commun en est la conduite à risque ou dangereuse. Le but de cette modification sémantique est entre autres d'unifier la réponse à apporter d'une part aux blessures, d'autre part aux circonstances de survenue, et de lever la notion de fatalité que suggère le mot ''accident'' que les circonstances soient accidentelles ou volontaires.

Bien que cette approche soit tout à fait intéressante, nous ne pouvons pas adopter ce terme, pour deux raisons :

Dans la langue française (définition du Larousse), le mot "traumatisme" signifie : "ensemble des lésions locales intéressant les tissus et les organes, provoqué par un agent extérieur". Ce ternie ''traumatisme'' ne prend donc pas en compte les accidents n'entraînant pas de lésion. Les intoxications par exemple, si fréquente,; chez l'enfant, n'entrainent pas automatiquement des lésions. De plus, dans le langage courant en France, le terme "traumatisme'' est en général lié à un certain degré de gravité : traumatisme crânien, traumatisme abdominal, en relation d'ailleurs fréquemment avec des conséquences chirurgicales.

Si nous étendions le terme de traumatisme, nous ne serions absolument pas compris par nos concitoyens ; bien plus, nous créerions une confusion. Il semble fondamental d'être un permanence en lien avec le terrain.

Cette définition met sur le même plan des circonstances totalement différentes par exemple : chutes et suicides, pour lesquelsles acteurs et les mesures de prévention n'ont aucun point commun.

 

Harmonisation des données

Celle-ci ne semble pas très réaliste compte tenu de la grande diversité des recueils dans les différents pays ; seules la Belgique et la France possèdent un système de recueil identique : le système EHLASS. La Suisse n'a pas de système inter-cantons (il v a en Suisse 26 cantons avec chacun son gouvernement). Seule Genève a mis en place, pour un an, un système EHLASS plus complet, qui tient compte des suites des accidents. Il semble beaucoup plus judicieux d'entreprendre des échanges et c'est là que les nouvelles technologies prennent toutes leurs places, à savoir des échanges sur Internet à la fois sur les accidents eux-mêmes et sur toutes les informations collectées dans chacun des pays mais également sur les méthodes de prévention employées ou même envisagées dans ces différentes contrées. Sans vouloir absolument tous avoir une grille de questionnaire, ces échanges permettront certainement des progrès dans la connaissance des accidents et dans celle dans les aides entre pays.

 

Opportunisme en prévention des traumatismes

Le Professeur GOT a expliqué comment à la suite de l'accident de Beaune, qui avait entraîné de nombreuses morts d'enfants, il avait réussi à faire adopter une loi sur le port de la ceinture de sécurité. Cette loi n'était pas exactement en rapport avec l'accident, mais la sensibilisation de 1'opinion publique aux accidents de la circulation avait permis cette avancée, Il est bon d'avoir dans ses dossiers un projet que 1'on veut proposer et qui pourra se concrétiser plus vite grâce à une circonstance particulière.

 

Déboires d'un projet de loi visant au port obligatoire du casque

Au Canada, une campagne de sensibilisation au port du casque à vélo avait permis de transformer les pourcentages de gravité d'accident pour ceux qui acceptaient de porter le casque. Parmi les journalistes qui devaient rendre compte de ces campagnes, certains n'étaient pas partisans de ce port. La transmission de la campagne et de ses résultats furent limités et le projet de loi qui avait été préparé fut rejeté. Il est important avant de lancer un projet de loi, d'avoir déjà un terrain bien préparé et d'avoir convaincu les médias. En Géorgie, il existe une loi sur le port du casque à vélo, mais il n'y a eu ni campagnes de sensibilisation, ni subventions pour l'achat du casque. Seuls 20% de la population le portent.

 

Le site Internet

Il est indispensable à l'heure actuelle du relier les différents pays francophones et leurs acteurs de prévention. C'est la raison pour laquelle une implantation sur un site parait nécessaire.Deux possibilités se présentent : soit de se mettre d'emblée sur un site existant, et le Québec propose le sien qui devient opérationnel, soit d'attendre un peu, et s implanter sur le site de l'OMS. La discussion n'a pas abouti pour 1'instant.

 

A la fin du séminaire, un bilan a été dressé :

 

1 - La formation internationale en promotion de la santé a débuté en juin 1997 a Montréal, avant le séminaire,

2- La monographie sur les approches de promotion de la santé est presque terminée,

3 - La publication des actes du premier séminaire a été faite,

4 - La réalisation d'un annuaire des intervenants et organismes sur ce thème est presque terminée,

5 - L'enquête sur la possibilité d'harmoniser certaines banques de données a été réalisée,

6 - La création d'un glossaire sur les principaux termes pertinents intervenants dans le champ des accidents est beaucoup plus difficile à réaliser, et demande encore du travail.

 

Les échanges entre les différents pays francophones sont très importants. Les Suisses, comme les Belges, ont des structures tellement éclatées. Or il est nécessaire de trouver un lieu de rassemblement comme celui du réseau. En Suisse par exemple chaque Canton a sa propre politique de santé, avec son propre gouvernement; en Belgique, la politique est différente entre la Wallonie, la Flandre et Bruxelles, ce qui ne facilite pas beaucoup les contacts.

De nombreux échanges informels ont lieu entre les différents membres du réseau, ce qui est un des buts de cette structure.

Rendez-vous est pris pour le troisième séminaire qui aura lieu en Suisse.

Docteur Christine Duval