SECURITÉ DES BANLIEUES

Sécurité des banlieues. Notre association dont le secrétariat est à MANTES ne peut rester indifférente à ce problème dont la complexité est le symbole de la nécessité d' une approche « cindynicienne ». En effet tous les déficits cindynogènes présentés dans « L' archipel du danger » l' ouvrage de Georges-Yves KERVERN et Patrick RUBISE, se trouvent réunis comme à la parade pour une mise en lumière de cette approche

Prenons tout d' abord les quatre déficits culturels En premier nous trouvons la culture d' infaillibilité, base évidente de toute la réflexion politique des années 1970 quand les décideurs, qu' ils soient députés, maires ou administratifs ne pouvaient admettre une quelconque critique des grands ensembles dont ils étaient les promoteurs.

Ensuite apparaît le déficit lié a la culture de simplisme : le problème n' est pas complexe ou du moins les solutions ne sont pas proposées dans un cadre « système ». Tantôt la montée de la délinquance est traitée de manière policière, tantôt est conseillée une approche ludique du désoeuvrement, mais jamais n' ont été proposés jusqu' à ces derniers mois, une vision générale et un traitement global.

Le déficit lié à une culture de non-communication est plus évident et connu depuis longtemps. Un ensemble comme celui du Val-Fourré qui héberge plusieurs dizaines d' ethnies ne pouvait que créer cette non-communication, chacun restant enfermé dans son modèle culturel, religieux et social.

Enfin, le déficit lié à la culture nombriliste (seules nos actions et nos réflexions ont une quelconque valeur) a parfaitement été mis en évidence après les événements en Grande-Bretagne des années 1986-87, qui bien sûr ne pouvaient arriver en France. Comme le propose Georges- Yves KERVERN « Dans cette acception aveuglante, le mot culture est une escroquerie, un écran criminel qui cache la réalité des choses et conduit, sous anesthésie générale, des collectivités entières au suicide ».

Pour les deux déficits organisationnels : subordination des fonctions de gestion du risque et dilution des responsabilités la situation de nos banlieues aussi exemplaire.

Pour le premier, il est évident que malgré les avancées et les responsabilités des maires, issues de la loi de décentralisation, beaucoup n' adaptent pas leurs structures en fonction d' une gestion des risques. De plus certains, trop souvent d' ailleurs, trouvent une facilité en se mettant en situation de subordination vis à vis de l' État, représenté par le Préfet pour toutes ces questions de sécurité.

Pour le second, nous trouvons peu d' exemples de villes qui se soient dotées d' une structure intégrée de gestion globale de la sécurité. Pourtant certaines études, comme celle réalisée sur la ville de POITIERS, ont montré à l' envie le nombre de partenaires, de responsables à réunir pour toute approche globale de la sécurité d' une cité.

Les quatre déficits managériaux liés au caractère récent des cindyniques sont encore mis en lumière par notre banlieue j' absence d' un système de retour d' expérience, l' absence d' une méthode cindynique dans l' organisation, l' absence d' un programme de formation des élus, l' absence de planification d' une telle crise, le seul énoncé de ces déficits suffit n est en effet besoin d' aucun commentaire poli affirmer qu' une fois encore une identification correcte et une maîtrise de ces déficits sont des voies de travail pour toute personne impliquée dans la sécurité des banlieues.

Les membres de notre association ont depuis longtemps perçu cette dimension nouvelle du problème posé. Aujourd' hui, nous pouvons utiliser notre connaissance de cette nouvelle science « les cindyniques », pour éclairer la route vers des solutions pertinentes.

Jean-Louis DESCHANELS - Secrétaire Général I.E.C.

© La lettre des cindyniques - Numéro 3 - Juin 1991