LES EFFETS DU SEISME D'IZMIT
SUR LES INSTALLATIONS
INDUSTRIELLES
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Quelques données sur le séisme
Le séisme, survenu le 17 août 1999 à Izmit (Kocaeli), Turquie, de magnitude 7,4, n'est pas exceptionnel dans cette région (7 séismes de magnitude supérieure à 7 depuis 1939); les accélérations au sol, comprises entre 0,2 g et 0,4 g dans les zones sinistrées, sont plutôt modérées compte tenu de la magnitude.
La zone affectée, située au sud-est d'Istanbul, à proximité de la mer de Marmara, s'étend sur 200 kilomètres de longueur et 50 kilomètres de largeur dans une région à forte densité de populations et d'installations industrielles (13 % de la production industrielle de la Turquie). Le plus grand dommage industriel a concerné une raffinerie de pétrole, arrêtée pour plusieurs mois essentiellement à la suite de la chute d'une cheminée sur des installations et de l'incendie de bacs de produits pétroliers.
A la demande de la Direction de la Prévention des Pollutions et des Risques du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement (MATE), l'INERIS a étudié :
- l'intervention en situation d'urgence dans le cadre de l'incendie de bacs d'hydrocarbures liquides survenus à la raffinerie d'Izmit,- les effets du séisme dans des installations industrielles de la région d'Izmit.
La première phase, réalisée du 19 au 21 août 1999, en liaison avec la Direction de la Défense et de la Sécurité Civile du ministère de l'Intérieur, a permis de mettre en évidence la difficulté de mise en place de moyens d'intervention sur un tel feu de bacs.
La deuxième phase a été assurée du 2 au 11 septembre 1999 en liaison avec la mission, menée aux mêmes dates, de l'Association Française de génie Parasismique (AFPS). Neuf installations industrielles ont aussi été visitées, pour certaines d'entre elles avec l'assistance de la chambre d'Industrie d'Izmit. Des dégâts sur les bâtiments d'habitations ont aussi été examinés.
Les installations visitées
Ces installations étaient toutes situées au voisinage de la mer de Marmara, souvent sur des terrains alluviaux ou de remblais. Les observations qui suivent ont été recueillies au cours de visites, mais aucun document n'a été fourni. Les informations ci-dessous sur les dégâts sont fournies à titre indicatif et ne sont pas complètes.
Les installations visitées ont été :
- une cimenterie ; l'installation n'a souffert que de dégâts mineurs et a pu rapidement redémarrer,- une raffinerie où les dégâts ont concerné des réservoirs divers, un appontement, une cheminée qui s'est effondrée, la salle de contrôle, le réseau enterré d'alimentation en eau d'incendie,
- une installation de stockage de Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL), d'embouteillage, et de chargement de camions où les dégâts ont été très mineurs et n'ont pas empêché un redémarrage rapide,
- une installation fabricant des dérivés chlorés, où le chlore était fabriqué par électrolyse, mais n'était pas stocké ; bon nombre de cuves d'électrolyse ont subi des dégâts, les bâtiments présentaient des dégâts mineurs, un appontement s'est effondré en mer sur 125m,
- une installation de stockage de produits organiques liquides où les dégâts étaient mineurs,
- une installation de fabrication de profilés d'aluminium où certains bâtiments à structure " portiques préfabriqués en béton armé " se sont effondrés,
- une installation de fabrication de tuyaux plastiques où les bâtiments à structure " portiques préfabriqués en béton armé " se sont effondrés en tuant deux ouvriers,
- une usine automobile en cours de construction au voisinage de la faille où un bâtiment a subi des dégâts mineurs,
- une installation de fabrication de polymères acryliques où trois réservoirs ont laissé échapper leur contenu dans les cuvettes de rétention correspondantes, où 250 m d'appontement se sont effondrés en mer et où une canalisation en béton véhiculant de l'eau process s'est rompue et a du être remplacée.
Synthèse des observations
L'ensemble des observations faites sur les bâtiments, y compris industriels, montre que lorsque ceux-ci étaient construits en béton armé (portiques avec plaques en béton armé souvent préfabriqués ou portiques et remplissage en maçonnerie), des effondrements plus ou moins totaux se sont produits. Les structures élancées, à l'exception d'une cheminée de 130 m de haut de la raffinerie se sont généralement bien comportées, de même que les canalisations aériennes et leurs supports. Des canalisations enterrées de gaz et d'eau se sont parfois rompues. Les réservoirs sphériques et cylindriques de GPL sous pression se sont tous bien comportés. Les réservoirs atmosphériques ont pu conduire soit à une fuite massive de leur contenu &endash; 6500 tonnes de produit toxique provenaient de la rupture guillotine de trois piquages à la base des réservoirs-, soit à l'absence de fuite mais à des déformations " en patte d'éléphant " de leur base ou à des déformations de leurs toits.
Globalement les équipements de process ont subi peu de dégâts et les groupes de secours ont fonctionné.
Les appontements ont parfois disparu sur une partie de leur longueur au fond de la mer.
Enfin, il a été noté les effets de subsidence (mais rarement dans la zone des installations industrielles visitées, sauf pour l'usine automobile en construction), mais surtout de glissement de terrains sous-marins très importants au voisinage du bord de mer en face de certaines installations industrielles visitées.
Principaux scénarios accidentels
Les principaux scénarios accidentels ont été les suivants :
- la raffinerie a souffert pendant cinq jours d'un incendie ayant concerné au total six réservoirs de naphta, incendie qui ne s'est heureusement pas propagé à d'autres réservoirs ou installations, compte tenu des dispositifs fixes et mobiles mis en oeuvre afin de refroidir les équipements et installations environnants.
- dans une installation de fabrication de polymères acryliques, une fuite de 6500 tonnes d'acrylonitrile a conduit à la mort de la faune à proximité en raison de la formation d'un nuage toxique ; ce produit s'est écoulé de trois réservoirs à la suite d'une rupture guillotine de la canalisation de soutirage en formant une nappe de liquide dans les cuvettes de rétention ; une pollution des sols s'est aussi produite du fait de fissures apparues dans ces cuvettes au cours du séisme.
- une canalisation de gaz de pétrole liquéfié reliant la raffinerie à des sphères de stockage d'une installation voisine s'est rompue au cours du séisme, a conduit à la formation d'un nuage qui a été enflammé par un camion traversant le nuage et a conduit à l'incendie d'un atelier de peintures voisin et à l'incendie des camions avec deux morts ; les conducteurs de deux camions.
F. Masson, J. P. Pineau et J. J. Tritsch.
INERIS - Verneuil en Halatte
Pour des compléments sur les installations industrielles et pour les autres aspects concernant le séisme, on peut s'adresser à l'AFPS (Tél : 33 (0)1 44 58 28 40) qui a émis un rapport de sa mission organisée sous l'égide du MATE.
NDLR : Ne doit-on pas s'interroger d'un point de vue cindynique sur une éventuelle contradiction entre cette vision de dégâts industriels, somme toute modérée, alors que les pertes humaines et les dégâts immobiliers sont apparus très élevés.
C'est l'occasion d'annoncer que nos collègues de l'Institut Méditerranéen de Cindyniques organiseront en octobre 2000 un colloque sur ce séisme et celui de Taïwan.
© Institut Européen de Cindyniques -Lettre n° - 30 - Mars 2000