De Independence Day à
la
réalité
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Voici quelques années, un scénario de film avait imaginé une situation comme celle que nous venons de vivre. Lors de la sortie de ce film personne ne pouvait imaginer que la réalité dépasserait un jour la fiction et pourtant en ce 11 septembre 2001 à partir de 8h 45 (heure locale), ce fut l'effroi.
La mythique invincibilité des Etats-Unis était battue en brèche. Bien que ce ne soit pas la première fois que la violence aveugle frappe New York, jamais elle n'avait été aussi destructrice.
Cet acte de malveillance peut être analysé, comme tout accident, par l'intermédiaire de l'arbre des causes. Celui-ci va faire apparaître un enchaînement d'événements qui ont permis de projeter 2 avions contre le World Trade Center et un sur le Pentagone. Un quatrième avion n'a pas atteint son but semble t-il grâce à l'action des passagers et peut être aussi du manque d'expérience de ceux qui s'en sont emparé.
Le phénomène déclencheur de cette catastrophe humaine a été la prise de contrôle des aéronefs par des tiers. Mais pourquoi autant de disparus ou de morts ?
Outre le symbole que représentent les 2 plus hauts immeubles de cette mégapole du nouveau continent, leur position et leur hauteur en faisaient des proies faciles pour qui voulait les détruire car elles étaient facilement identifiables en vue aérienne surtout dans les conditions atmosphériques particulièrement clémentes en ce jour à New York. De plus, ces immeubles de bureaux engendraient naturellement, de par leur fonction, une concentration de population maximale puisque suivant les sources, le nombre de salariés qui y est employé est compris entre 30 000 et 50 0000.
Les avions qui ont percuté les Twin Towers l'on fait avec un angle compris entre 10 ° et 35 ° par rapport à l'axe horizontal ce qui a permis de détruire immédiatement par l'impact du 96ème au 103ème étages pour la Tour Nord et du 87ème au 93èmeétages pour la Tour Sud.
Malgré ces chocs, les structures ont résisté à l'impact mais elles se sont naturellement fragilisées. Par contre, comme tout le monde a pu s'en rendre compte, ces édifices se sont écroulés en 1h 42 mn pour la Tour Nord et en 56 mn pour la Tour Sud.
Il faut se rappeler qu'initialement, au moment de la construction, les ingénieurs avaient dimensionné ces tours pour quelles puissent résister à l'impact d'un Boeing 707. Bien que ce type d'avion soit plus léger que les Boeing 767 utilisés lors des attentats, les structures métalliques et le maillage des poteaux a réellement fait son uvre.
Ce sont les effondrements qui ont fait le plus de victimes. Pourquoi cette totale destruction a été aussi rapide ?
En matière de prévention il est certain qu'il serait indispensable de rechercher les causes qui ont permis le détournement des avions avec les habituelles propositions du contrôle à l'embarquement des bagages et des passagers sans oublier le fret, l'accompagnement des vols par des agents de surveillance avec ou sans arme. Avec les risques de présenter, par l'introduction d'une arme et éventuellement de son porteur en toute légalité, dans la carlingue d'un engin non prévue pour résister aux projectiles d'une arme à feu et volant à 8 ou 10 000 mètres d'altitude avec une atmosphère pressurisée à l'intérieure, une autre cause de crash.
Par contre, pourquoi les conséquences ont-elles été aussi dramatiques ?
Les avions qui étaient chargés en kérosène pour traverser l'ensemble du territoire des Etats-Unis, puisqu'ils étaient tous programmés pour atterrir sur la cote Ouest, se sont quasiment désintégrés au moment de l'impact et ont dispersé leur carburant (plusieurs dizaines de tonnes) qui s'est spontanément enflammé.
Le kérosène qui est un liquide inflammable de 1èrecatégorie, au sens du Code du Travail, avec un point d'éclair inférieur à 55° C, s'est dispersé dans les étages et s'est enflammé presque instantanément au moment de l'impact en générant un feu qui a porté les structures des bâtiments à des températures supérieures à 1 000°C voire 1 500°C pendant la période ou le feu a été le plus intense.
Le mode de construction de ces tours avec des structures entièrement métalliques aussi bien pour le noyau central que pour l'extérieur et des planchers composés d'acier et de béton d'une portée de 18 mètres environ, sans aucun poteau intermédiaire, pour laisser plus de surface exploitable, n'a pas permis de maintenir une stabilité au feu suffisante pour permettre l'évacuation complète au moins de toutes les personnes valides et ceci malgré l'encloisonnement des escaliers. Pourquoi ?
Le choc de l'avion sur la tour a entraîné l'effondrement de plusieurs planchers. Sous l'effet de la chaleur engendrée par la combustion du kérosène et ceci sur plusieurs niveaux simultanément, les structures métalliques se sont affaiblies, ce qui à permis l'effondrement des planchers supérieurs. De ce fait, en raison de la modification de la répartition des charges les poteaux se sont déformés et ont ployé sous le poids des étages supérieurs. La surcharge était telle que, par un effet domino, tous les planchers ont cédé les un après les autres et ont entraîné la destruction complète de la tour jusqu'au niveau qu'il est possible d'appeler les infrastructures qui, elles sont restées stables et protectrices pour ceux qui s'y étaient réfugiés.
Pouvait-on éviter l'écroulement des TWIN TOWERS ?
Les conséquences de la chute d'un avion, qu'il soit le résultat d'un acte de malveillance ou d'une situation accidentelle, doivent être étudiées dans l'étude de dangers qui est à réaliser pour l'exploitation de certaines installations industrielles. Mais, en ce qui concerne les bâtiments à usage collectif de bureaux ou d'habitations, aucune analyse de ce type n'est requise par la réglementation. Cependant, pour le cas qui nous concerne, ce risque avait été pris en compte et correctement évalué au niveau de l'impact. Mais ce n'est pas l'impact qui a été la cause de la ruine des bâtiments mais le feu.
Ces deux tours étaient équipées d'un système d'extinction automatique à eau, d'extincteurs portables et les escaliers de secours étaient encloisonnés.
L'ensemble de ces dispositions était adapté aux risques spécifiques liés à ce type d'établissement, c'est à dire à des feux secs. Par contre, la destruction du système de protection incendie et la présence d'un feu nourri par un hydrocarbure associé aux produits combustibles présents normalement dans des activités tertiaires est une situation qui n'avait pas été prise en compte et c'est ce qui fut fatal aux constructions. Au demeurant, cette démarche peut paraître surprenante puisque des études de stabilité avaient envisagé la percussion d'un avion !
De ce fait, pourquoi ne pas avoir imposé une protection plus efficace des structures métalliques de façon à retarder l'écroulement et de permettre l'évacuation d'un plus grand nombre d'occupants ?
Il y a lieu de noter que ces tours, qui avaient plus d'un quart de siècle d'exploitation, avaient vieilli et, de plus, lors de la construction en 1971, une campagne menée par des écologistes dont le Docteur Irving Selikoff avait fait stopper au 64ème étage le flocage à l'amiante des structures métalliques en application du principe de précaution. Il est certain que l'amiante posée même par voie humide présente des risques que ce soit pour les salariés au moment de l'application que pour les utilisateurs à terme. Mais, comme l'avait précisé Herbert Levine, inventeur du procédé, la non protection des ossatures métalliques entraînait en cas de feu, un risque d'effondrement des tours en moins de quatre heures. Il aurait même stipulé que l'on échangeait un risque incertain (celui engendré par l'amiante) contre un risque certain en cas de départ de feu au-dessus du 64ème niveau.
En outre, il a pu être constaté, d'après les récits de certains survivants, que des difficultés étaient apparues pendant l'évacuation en raison des croisements de flux entre les secours qui montaient pour traiter des blessés et ceux qui évacuaient. De plus, l'écoulement normal du flux des évacuants était ralenti par le transport des blessés.
Quelles leçons tirer de cette catastrophe pour une meilleure prévention ?
Ce drame qui a frappé les Etats-Unis doit nous entraîner vers une analyse approfondie des moyens de prévention à mettre en uvre pour limiter les conséquences d'un feu intense, quel qu'en soit l'origine, dans un immeuble appelé couramment de grande hauteur, sachant que quels que soient les moyens d'extinction existant, ils peuvent être inopérants.
De plus, et ceci est fondamental, la mise en application du principe de précaution, qui est une excellente chose en soit, doit entraîner systématiquement une nouvelle analyse globale c'est-à-dire cindynique de la sécurité du site, du bâtiment, du projet ou de l'organisation, de façon à rechercher les risques encourus par la suppression d'une mesure de prévention et les moyens à mettre en uvre pour annihiler les risques identifiés ainsi que les nouveaux s'ils sont découverts.
Outre ce principe de précaution, le retour d'expérience, dans un accident de ce type comme dans tout autre, doit être exploité pour faire évoluer la prévention, donc la sécurité. Mais, cependant, il faut rester efficient et réaliste. Il ne peut, par exemple, être envisagé d'interdire la construction de tours ou de bâtiments collectifs bien que ce soit un moyen pour éviter le retour d'un accident aussi dévastateur. Comme au moment de leur chute, les tours ont détruit d'autres édifices, il pourrait être envisagé de définir des périmètres de sécurité de façon à éviter l'effet domino ! Des absurdités de ce type pourraient être développées quasiment à l'infini.
Ceci étant, cet accident doit être l'occasion de se remettre en question et de réfléchir sur les dispositions constructives permettant d'assurer une meilleure tenue au feu des bâtiments pour garantir une meilleure évacuation des occupants.
Des axes de recherche pourraient porter, par exemple, sur :
- La qualité des protections, même vieillissantes, pour qu'une structure métallique résiste au moins le temps nécessaire à l'évacuation complète d'un bâtiment à l'action des flammes et des gaz atteignant des températures voisines de 1 000°C. Notons que ce sujet peut faire croire qu'il y a une remise en cause du principe du cantonnement utilisé dans les immeubles de grande hauteur puisque, dans ce cas, on considère que le feu est en mesure de se transmettre d'un niveau à un autre. Là n'est pas le propos, bien au contraire, puisqu'en limitant la propagation d'un incendie on limite automatiquement le risque de ruine,
Ces quelques suggestions ne sont pas les seules susceptibles de diminuer le nombre de victimes en cas d'accident, mais elles seraient de nature, sans trop de bouleversement de la réglementation en vigueur, à permettre d'obtenir un meilleur niveau de sécurité que ce soit en cas d'incendie ou d'explosion.
Notons qu'en règle générale la réglementation actuelle, lorsqu'elle est correctement appliquée, est très performante. Et c'est le cas lors de constructions nouvelles. Par contre, au fil du temps, les exploitants font évoluer les locaux voire la destination des bâtiments sans presque jamais se poser la question de la conséquence de ces transformations sur la sécurité de l'ensemble et ceci souvent de bonne foi en raison d'un défaut d'appréciation des risques et d'un manque d'analyse sécuritaire à priori.
Nous savons que nous ne pourrons jamais éviter tous les accidents cependant, il est possible d'en éliminer un certain nombre et de limiter les conséquences pour les autres. Mais ceci ne s'improvise pas. Il est donc indispensable de développer la sensibilisation à la sécurité de chacun des intervenants qu'il soit créateur, réalisateur, mainteneur ou utilisateur et de faciliter l'accès aux méthodes d'analyse de risques comme les cindyniques.
Jean-Jacques NASSET
Directeur de Cindynis
Administrateur IEC