Toujours en première
ligne, les Sapeurs
Pompiers
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L 'Institut Européen de Cindyniques a participé activement au festival de la ville de Créteil consacré cette année aux risques dans la ville.En particulier une conférence-débat dans la salle du conseil de l 'hôtel de ville,animée par Patrick Rubise,délégué à la communication de l 'IEC,a réuni trois administrateurs de l 'IEC,Gérard Bouget,Georges-Yves Kervern et Danièle Trauman, auxquels s'était joint le capitaine Rubod des Sapeurs-Pompiers de Paris.
A l 'issue des débats et des discussions qui ont suivi nous avons demandé au capitaine Rubod de nous resituer l 'action des Sapeurs-Pompiers dont on parle beaucoup depuis quelque temps mais pas toujours avec réalisme.
NDLR
New-York et Paris, des interventions non comparables
Il existe une différence fondamentale entre les services d'incendie de Paris et de New-York.Les Sapeurs-Pompiers de New-York (NYFD :New York Fire Department)se consacrent quasi exclusivement aux incendies.L'équipement de leurs centres de secours (casernes de pompiers)est principalement composé de camions pompe,de grandes échelles ou de bras élévateurs.
Il en est tout autrement pour la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP).En effet,ses missions touchent tous les domaines de l'urgence ou de la sauvegarde et la protection des populations. Les Sapeurs-Pompiers de Paris sont les acteurs incontournables lors des incendies et explosions,des accidents routiers,aériens,fluviaux ou ferroviaires, des secours aux asphyxiés, intoxiqués et blessés de toute nature, de la lutte contre la pollution,des faits d'animaux dangereux ou blessés,des interventions concernant l'eau, le gaz,l'électricité et l'ensemble des incidents liés aux fluides,de la protection des biens immobiliers suite aux intempéries,événements naturels et technologiques catastrophiques et des accidents chimiques ou radiologiques.
L'équipement en véhicules des Sapeurs-Pompiers français est donc beaucoup plus varié que celui de leurs collègues américains puisqu'il se constitue d'ambulances, de véhicules d'incendie de toute nature, degrandes échelles, de fourgons de désincarcération, d'éclairage, de ventilation, de sauvetage-déblaiement de véhicules anti-pollution ou encore de cellules d'intervention radiologique ou chimique.
Une autre particularité est aussi à souligner :la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP)est une unité militaire. Elle partage cette particularité avec ses homologues du Bataillon des Marins-Pompiers de Marseille (BMPM). Les personnels affectés en unités opérationnelles effectuent des gardes de 24, 48 ou 72 heures d'affilée alternant avec les jours de repos. Le centre de secours est quasiment leur second domicile.
La vie intérieure est entièrement gérée par les Sapeurs-Pompiers :mécaniciens, plombiers, cuisiniers, secrétaires, dessinateurs, etc Le service annuel avoisine les 130 gardes.
La gestion des appels
Ce large domaine de compétence fait que le centre de traitement des appels d'urgence "18"et "112"de la BSPP situé à l'état-major de Champerret ("urgence pompiers,j'écoute")est sollicité entre 5 000 et 6 000 fois par jour.Aux horaires de forte sollicitation, il n'est pas rare que les opérateurs "18-112"décrochent jusqu'à 400 fois par heure.Professionnels du traitement de l'alerte,dans une ambiance de surprenante sérénité, ils transmettent les ordres de départs vers les centres d'intervention grâce au système numérisé de transmission des informations d 'alerte.
Le travail de ces opérateurs ne se cantonne pas uniquement à de la saisie d 'appel. Ils jouent un rôle primordial dans la charge de travail des unités opérationnelles.Ils doivent évaluer le contenu de l 'appel pour estimer si la demande relève des missions d 'urgence des Sapeurs-Pompiers.En effet,le recours aux services d 'urgence gratuit est parfois une solution de facilité pour résoudre un problème d 'ordre purement privé.Il est bien évident que la BSPP ne peut s 'investir dans des missions qui relèvent plus de l'assistanat que de l 'urgence,au risque de se démunir de ses moyens opérationnels qui feront défaut sur une intervention majeure.
A titre d 'exemple, sur cinq appels reçus au centre de traitement de l 'alerte, seul un appel nécessitera un départ des secours. Evidemment,les opérateurs fourniront systématiquement une réponse,un conseil,une conduite à tenir ou une solution pour les autres appels mais ils n 'engageront pas les moyens opérationnels.
Tous les opérateurs du centre de traitement de l 'alerte sont formés par une société spécialisée en matière de communication téléphonique d 'urgence.Ils apprennent à argumenter,à synthétiser leur propos,à gérer leur stress,à diriger une communication téléphonique et à se détacher des appels agressifs ou insultants.
Bien qu'un "tri "soit effectué, tous ces appels ont néanmoins engendré en 2001 un moyenne journalière de 1 232 interventions, ce qui représente un départ en opération toutes les 72 secondes. Une intervention pouvant nécessiter l'engagement de plusieurs véhicules de secours, ce n'est pas moins de 533 800 engins qui sont sortis de leur caserne en 2001.
Une large couverture géographique
Le secteur opérationnel des Sapeurs-Pompiers de Paris est interdépartemental (Paris et les trois départements de la petite couronne :Hauts-de-Seine, Val de Marne et Seine Saint Denis)soit 124 communes réparties sur 759 km2. Ce sont donc 6 180 562 habitants, 3 millions de franciliens en transit quotidien et quelques 20 millions de touristes annuels qui sont protégés par les 7 000 Sapeurs-Pompiers de Paris. Il est important de préciser que le ratio "Sapeur-Pompier par habitant défendu "sur le territoire opérationnel de la BSPP est le plus bas de France avec 1, 10 Sapeur-Pompier pour 1 000 habitants alors que la moyenne nationale tourne autour des 4 pour 1000.
L'implantation des casernes est décentralisée, ce qui permet d'avoir un réseau de 77 centres de secours répartis de façon homogène sur le territoire d'intervention. Dés l'alerte donnée au "18", grâce à la dispersion de nos casernes et la liaison par réseau informatique, le véhicule de secours adapté à la situation intervient en moins de dix minutes sur tout point de son secteur.
Cette performance unanimement reconnue par la population est le gage d'une remarquable efficacité.
Cette large territorialité a aussi deux avantages de taille. Elle permet de mutualiser les moyens entre les quatre départements et d'assurer une équité de réponse quelle que soit l'origine géographique du requérant. Le centre opérationnel peut renforcer une zone démunie de secours en affectant temporairement des engins d'incendie provenant d'une zone calme. L'objectif est de toujours disposer d'une couverture opérationnelle équilibrée de manière à répondre à une soudaine sollicitation.
Des interventions des plus diversifiées et de plus en plus nombreuses
Mais revenons un instant sur la caractéristique majeure des Sapeurs-Pompiers français. Si l'on prend l'exemple précis de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris, les interventions pour incendie ont représenté 4, 21 %des 449 535 sorties de secours en 2001 ;ce pourcentage représente néanmoins 18 932 feux. Ce sont ces interventions qui sont souvent les plus dangereuses pour les Sapeurs-Pompiers. Ainsi, le samedi 14 septembre 2002 à Neuilly-sur-Seine (92 Hauts-deSeine), pour ce qui paraissait être un banal feu dans une chambre de bonne, plusieurs Sapeurs-Pompiers ont payé de leur vie.
La majeure partie des interventions concerne donc le secours à victime (64, 43 %en 2001). Sous cette appellation générique, se regroupent des interventions tels que les secours aux blessés par arme à feu ou arme blanche, les pendus, noyés, électrocutés, asphyxiés, intoxiqués, les personnes tombées sous le train ou le métro, les personnes prises de malaise respiratoire ou cardiaque, les parturientes ainsi que toutes les tentatives de suicide. Mais cessons là cette liste nonexhaustive, pour simplement dire que les Sapeurs-Pompiers français sont devenus le plus sûr recours devant les agressions de la vie moderne, ainsi que le montre le tableau ci-dessous.
|
Fausses alertes |
10093 |
|
Incendies |
18932 |
|
Accidents de circulation |
30 915 |
|
Secours à victime |
289 643 |
|
Assistance à personne |
18 491 |
|
Faits d'animaux |
1878 |
|
Eau &endash; gaz &endash; électricité |
28 049 |
|
Protection des biens |
4 675 |
|
Pollution |
610 |
|
Reconnaissances &endash; recherches |
44 746 |
L'évolution du nombre d'interventions pour secours à victime a progressé en flèche :en 1986 la BSPP est intervenue 97 201 pour secours à victime alors qu'en 2001 elle est intervenue 289 643 fois soit une progression de 297 %en 15 années.
Un tel accroissement est du, en grande partie, au fait qu'à Paris dans les années 1980, la Police, qui avait en charge le secours à personne, s'est progressivement détachée de cette mission pour la confier aux Sapeurs-Pompiers de Paris. Pour faire face à cette évolution importante, la BSPP a adapté son parc de véhicules opérationnels et a mis en place une stratégie de formation poussée dans le domaine du secourisme.
Une autre évolution des interventions des Sapeurs-Pompiers liée à celle de la société concerne les animaux. Si, autrefois, il était traditionnellement fait appel à leurs services pour détruire un nid de guêpes dans un volet ou libérer un chat sur un toit, les interventions se sont fortement accrues du fait des nouveaux animaux de compagnie (surnommés N. A. C). En 2001, on a en comptabilisé 1 878, soit plus de cinq sorties de ce type par jour. Du boa perdu dans une cour d'immeuble, du cygne en difficulté dans un bassin, aux singes rendus furieux et agressifs par l'absence de leurs maîtres ou au fauve échappé d'un cirque, les Sapeurs Pompiers doivent faire face à des situations souvent très délicates. Dans ce but ils se sont adjoints les services de deux vétérinaires chargés de l'évaluation de ce type de risques et de leur formation à la prévention. Il faut en effet que l'intervention soit effectuée en toute sécurité tant pour les sauveteurs que pour l'animal.
Un autre avantage de taille est à souligner. La BSPP dispose de son propre service de santé et de secours médical d'urgence doté d'ambulances de réanimation (cette mission est dévolue aux SAMU dans les autres départements français). Dés l'appel, si une notion de gravité est ressentie par l'opérateur du "18", le médecin coordinateur du centre de traitement de l'alerte peut d'emblée renforcer les engins traditionnels de promptsecours avec un vecteur médicalisé. Rapidement sur les lieux, les Sapeurs-Pompiers secouristes peuvent entamer les manuvres de réanimation avec le matériel adapté (tous les véhicules de première intervention de la BSPP sont dotés de défibrillateurs semi-automatiques)en attendant l'arrivée sur les lieux de l'ambulance de réanimation ayant à son bord un médecin Sapeur-Pompier et un infirmer urgentiste.
Un commandement unique dans la gestion de la catastrophe
Les Sapeurs-Pompiers de Paris sont donc engagés à tous les niveaux de la chaîne de secours, des soins de prompt-secours en passant par la médicalisation des victimes, la lutte contre le sinistre, la mise en condition et l'évacuation des victimes et blessés. Bien entendu d'autres services prêtent main forte aux sapeurs-pompiers comme le SAMU ou les moyens associatifs (Croix Rouge et Protection Civile), mais la direction des secours médicaux est toujours assurée par un médecin militaire des Sapeurs-Pompiers de Paris (le DSM :directeur des secours médicaux). Le SAMU a la charge de réguler les places disponibles dans les hôpitaux.
Cette polyvalence de la BSPP facilite la coordination et la gestion des moyens engagés sur les interventions importantes. A titre d'exemple, une intervention comme la dramatique fusillade de la mairie de Nanterre a nécessité l'engagement de plus de 100 SapeursPompiers. Présents dans les actions de soins d'urgence, de la médicalisation des victimes, du brancardage, de l'activation du poste médical avancé et de la zone d'évacuation des victimes, les Sapeurs-Pompiers de Paris et les services publics associés étaient tous gérés à partir d'un poste de commandement unique d'où émanaient les ordres de l'officier supérieur de garde des Sapeurs-Pompiers.
Responsable suprême du dispositif de secours, il commandait à des officiers de Sapeurs-Pompiers responsables de chaque partie organique ou tactique du déploiement du Plan Rouge.
Il convient de noter également la parfaite coopération entre les Sapeurs-Pompiers et les forces de police. Ces dernières facilitent le travail de la "chaîne de secours sapeur-pompier"en établissant des périmètres de sécurité, en assurant la protection des itinéraires d'accès et en éloignant les nombreux curieux et badauds toujours friands des faits de voies publiques.
Dans le cas d'un incendie important susceptible d'engendrer de nombreuses victimes, le commandant des opérations de secours partagera alors les tâches, entre un officier directeur des secours incendie chargé de la lutte contre le sinistre et le médecin Sapeur-Pompier directeur des secours médicaux chargé du secours aux victimes. Tous les intervenants respectent des concepts tactiques d'engagement pré-établis assurant un déroulement parfaitement "huilé"des actions de secours.
Cette organisation complètement transparente pour le quidam nécessite cependant une sévère formation permanente et polyvalente des Sapeurs-Pompiers. Cette instruction pluridisciplinaire est dispensée quotidiennement entre les phases de sorties de secours laissant aux Sapeurs-Pompiers très peu de temps disponible dans leur journée de garde.
Des remises en cause permanentes
Comme nous l'avons écrit un peu plus haut, les Sapeurs-Pompiers de Paris sont une unité militaire. A ce titre, 10 %des sapeurs étaient des appelés du contingent. Depuis la suppression du service militaire il a fallu recruter des engagés volontaires pour les emplois de sapeurs et former des sous-officiers et officiers dans les postes d'ingénieur.
De même, depuis le 1er janvier 2002, la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris a ouvert les portes de ses unités opérationnelles au personnel féminin cantonné jusqu'alors aux tâches administratives. Déjà une vingtaine de candidates ont subi les 4 mois d'instruction au fort de Villeneuve Saint Georges et, après 2 mois d'immersion, elles pourront rejoindre les casernes.
Dans un autre domaine, le Bureau des Etudes Générales participe activement à l'amélioration des matériels. Ainsi, ces spécialistes en normalisation européenne ont travaillé avec les officiers chargés de l'habillement pour proposer un nouvel équipement mieux adapté aux soldats du feu. Plus léger, lavable et avec une protection pour les jambes grâce à un surpantalon, il remplace désormais les traditionnelles vestes en cuir. De la même façon a été mis au point un casque plus sûr et disposant d'une meilleure visibilité, en partenariat avec le constructeur français Gallet, casque déjà adopté par l'ensemble des Pompiers français et par de nombreux pays européens et africains.
Mais les spécialistes de la BSPP travaillent également sur des concepts tactiques qu'ils ont été les premiers à mettre au point :Plan Rouge (en cas d'intervention avec de nombreuses victimes). Parallèlement aux Plan Chute d'avion, Plan Inter-fer (intervention sur réseau ferré), Plan Pollutec (en cas de pollution)ou encore Plan Piratox (qui pourrait servir en cas d'attaque terroriste), la BSPP vient d'adapter un nouveau concept tactique d'engagement des secours sous les tunnels à risques.
Grâce à des équipes de management de projet informatiques de qualité, la BSPP développe un système d'information qui va permettre d'exploiter des outils de cartographie d'aide à la décision, de simulation et des thématiques statistiques, basés autour de couches géographiques du territoire géré par la BSPP. Dans le même temps, elle développe, toujours en interne, le système de gestion automatisé des départs de secours version 2 (SYNTIA v2)et le système de gestion des ressources humaines (SANDRINE v2). L'interface entre ces applications permettra d'obtenir un système d'information cohérent nécessaire pour face aux sollicitations et aux besoins d'outils de décision.
Il convient de ne pas passer sous silence l'action quotidienne et permanente du Bureau Prévention. Fort de 25 officiers et 40 sous-officiers spécialistes, ce bureau mène une action indispensable dans le domaine et la prévention contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP), dans les bâtiments industriels et d'habitation. Ce sont 3760 commissions de sécurité qui ont été effectuées avec la collaboration des officiers des unités opérationnelles en 2001.
On le voit bien, sur le terrain comme dans ses bureaux d'études, les Sapeurs Pompiers de Paris ont acquis des compétences exceptionnelles dans le domaine de la prévention.
En conclusion et en toute humilité, on peut raisonnablement dire que les Français n'ont à envier à personne l'organisation de leur secours d'urgence facilement mis en alerte grâce à des numéros d'urgence gratuits, un réseau de secours fiable et polyvalent, disponible 24 h/24 et compétent.
Même si quelques fois les riverains peuvent se plaindre des nuisances sonores d'une caserne de Sapeurs-Pompiers active sans relâche nuit et jour, le taux élevé de l'indice de satisfaction démontre que la population parisienne accorde la première place de sa pleine confiance à ses Sapeurs-Pompiers.
Capitaine Jean-Luc RUBOD
Chef du centre de coordination des opérations et des transmissions
Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris