SÉCURITÉ ET BANLIEUE OU SÉCURITÉ DE LA VILLE ?

 

L' éditorial du numéro 3 de la Lettre des Cindyniques ainsi que l' annonce de la soirée spécialisée sur la sécurité dans les villes de notre colloque ont suscité de nombreuses réactions et commentaires qui augurent d' un débat riche et fructueux

En particulier, Monsieur Claude COLLIN. Directeur général de la Sécurité de la ville de Marseille nous a fait parvenir un volumineux dossier riche d' informations et de commentaires dont nous avons extrait ce qui suit :

L' approche transversale des Mairies

La mairie constitue un espace propice à de multiples actions concertées entre partenaires publics et privés. La mise en oeuvre des Conseils Communaux de Prévention de la Délinquance a initié ces interpénétrations entre les techniciens et les divers acteurs du risque dans la ville. Ce peut être un lieu de médiation entre des industriels et des personnes en situation de délinquance d' autant plus efficace que ce conseil rassemble les partenaires susceptibles de mettre en oeuvre des solutions ou la marginalisation évolue vers l' insertion par la formation et l' emploi.

Du point de vue municipal, ce cloisonnement technique des divers aspects au risque dans la ville parait artificiel. Si toute approche rigoureuse des phénomènes passe par une bonne analyse spécialisée, voire scientifique, les données de cette expertise doivent être intégrées dans une finalité plus complexe en faisant apparaître une évaluation de tous les aspects extérieurs à l' analyse qui seraient susceptibles d' influer sur le phénomène. C' est dans cette cohérence que la population ressentira la crédibilité de l' action menée en vue de minimiser le risque dans la ville.

Il manque actuellement une expertise globale de l' aspiration au droit à la sécurité des personnes et des biens. Chaque phénomène de risque dans la ville est analysé par ses propres spécialistes avec des amplifications différentes en fonction d' intérêts spécifiques.

Cette absence d' analyse globale aboutit à des résultats quelquefois très contradictoires qui peuvent avoir les cas échéant des effets absolument désastreux.

Cette dichotomie social /technique du concept du risque dans la ville perd d' ailleurs un peu de sa signification du fait de recherches ou d' expériences comme l' étude de Poitiers ou cette approche systémique aura au moins permis de faire émerger les vulnérabilités de la ville, et de faire en sorte que les acteurs de la situation de crise puissent se connaître et établir des propositions de réactions pour faire face à ces vulnérabilités. Il faudrait rationaliser ce type de démarche, y ajouter le coût du risque afin de permettre aux décideurs de mieux apprécier les situations.

La démarche de la Ville de Marseille

La ville de Marseille possède une originalité importante dans sa politique de traitement du risque urbain depuis 1938 et l' incendie du grand magasin des « Nouvelles Galeries » sur la Canebière dans lequel périrent 75 personnes. Il fut décidé par décret loi en 1939 de confier la défense contre l' incendie de la ville et des ports à une unité de la Marine Nationale mise pour emploi aux ordres du Maire : le Bataillon des Marins Pompiers.

Ce bataillon est totalement à la charge de la ville à l' exception d' une subvention de l' Etat portant depuis 1980 sur 20% du budget de fonctionnement. Le Bataillon est de fait un service paramunicipal dépendant à la fois des Armées et du Maire de Marseille. Ses qualités l' ont fait très rapidement adopter par la population marseillaise, qui fournit d' ailleurs la plupart de ses effectifs.

La Direction Générale de la Sécurité et de l' Hygiène

En 1973, a été créé un service à vocation technique (le Service Technique de Sécurité) regroupant la Commission Auxiliaire de Sécurité, le Contrôle des Immeubles et le Service des Etablissements dangereux, insalubres et incommodes. Ce service, placé au départ sous l' autorité du Secrétaire Général de la ville, a ensuite été rattaché à la Direction Générale des Services Techniques. Il devait par la suite se voir confier d' autres missions, en particulier l' organisation des astreintes municipales , ainsi que l' élaboration du plan de secours général de la ville. Sous sa forme actuelle, il constitue la Direction de la Sécurité du Public.

La mise en évidence de la nécessité d' une gestion plus globale des situations de péril dans la ville a amené en 1982 l' administration à décider de regrouper en une entité unique la totalité des services ayant en charge les pouvoirs de police du Maire en matière de salubrité, de sécurité et de tranquillité publique. Il s' agissait, au-delà des obligations réglementaires, de coordonner sous une autorité unique l' ensemble des structures de prévention et de secours à la disposition du maire de Marseille.

Ainsi aux 4 Directions Générales traditionnelles placées sous l' autorité du Secrétaire Général : Direction Générale des Services Techniques, Direction Générale des Services Administratifs, Direction Générale du Personnel. Direction Générale des Services Financiers, venait s' ajouter une Direction Générale de la Sécurité et de l' Hygiène qui allait regrouper les services et activités suivantes :

· le Bataillon des Marins Pompiers de Marseille,

· la Direction de la Sécurité du Public (DSP),

· la Direction de l' Hygiène et de la Prévention (DHP)

· la Direction de la Police Municipale et de la Réglementation ( DPMR).

· la Direction Urbaine de la Protection Civile, formée de 500 à 600 bénévoles, nommés

par le préfet ou le maire selon leurs positions hiérarchiques, chargés de porter

assistance au service de secours faisant ainsi de façon concrète participer la

population à la gestion des risques dans la ville. Le directeur général de la sécurité et

de l' hygiène est directeur urbain de la Protection Civile.

· Les relations Ville / Police Nationale, ce qui, lors de la création du Conseil Communal

de Prévention et de la délinquance en 1983, a permis tout naturellement de faire du

directeur général de la sécurité et de l' hygiène le secrétaire général de ce conseil.

· La mission « Animaux dans la ville »

· A cet ensemble, est venue se rajouter, en 1985, l' Antenne Sécurité Hygiène du centre-ville, qui constitue en fait une antenne de la direction générale sur un périmètre déterminé du centre ville

Le tout représente environ 2 500 personnes, regroupant des militaires, des médecins, des ingénieurs, des architectes, du personnel administratif, des policiers municipaux et des bénévoles.

Claude COLLIN

Directeur général de la Sécurité de la Ville de Marseille

© La lettre des cindyniques - Numéro 4 - Octobre 1991