Conférence Régionale sur la physique des nuages et la modification du temps

 

Le docteur J-F Berthoumieu suit depuis de nombreuses années les problèmes de climatologie et il est un des membres de notre association. Il vient de participer à une conférence importante initiée par les Italiens à Damas où il a développé les outils cindyniques.

Il nous livre ici un résumé des travaux et des pistes de réflexion.

NDLR

 

Souhaitant renforcer ses relations politiques et économiques avec la Syrie, le gouvernement italien a permis à une soixantaine de scientifiques et responsables de services météorologiques des pays de la ligue Arabe de se réunir du 17 au 21 Octobre 2003 à Damas lors d'un colloque régional sur la physique des nuages et la modification du temps. Le Professeur Rumen Bojkov de l'OMM m'y a invité pour y présenter un exposé (transparents de l'exposé présent dans le document PDF) sur les contraintes sociales, économiques et environnementales de la pluie provoquée ; questions sur lesquelles j'avais un peu réfléchi l'année passée dans le cadre d'un projet de recherche avec le Professeur Franco Prodi (Université de Bologne ISAC-CNR).

Je présente ici succinctement mes réflexions sachant qu'un compte rendu sera prochainement publié par l'OMM et devrait être disponible directement sur le site de l'OMM

http://www.wmo.ch - puis PRAE en cliquant dans Recherche par programmes de l'OMM ou AREP en anglais - puis Cloud Physics and Weather Modification Programme.

Je savais que de nombreux pays du pourtour Sud et Est de la Méditerranée allaient avoir un problème de ressource en eau compte tenu notamment de l'accroissement de leur population (Prof. Rognon). Je ne savais pas que c'était déjà le cas dans la plupart d'entre eux et que l'émigration semble devenir la solution d'espoir pour de nombreux jeunes. Bien sûr, il y a de nombreux progrès à réaliser pour optimiser l'usage de l'eau disponible mais, même avec 50% d'économies, cela sera insuffisant pour permettre à tous de poursuivre un développement tel que celui que nous connaissons et qu'ils méritent. Sur ce sujet, des questions m'ont été posées sur les films hygrophobes pour réduire les pertes par évaporation des lacs, ce qui pourrait relancer des études abandonnées il y a deux ou trois ans faute de crédits de recherche. Comme la désalinisation restera limitée aux pays riches, je ne vois que deux directions pour tenter de remédier à cette très grave perspective :

Démarrer des travaux de recherche pour augmenter le rendement des précipitations et également tenter d'accroître les flux d'humidité atmosphérique vers ces zones.

Transférer de novembre à mars par pipelines ou autres moyens de l'eau des régions tempérées ayant un bilan pluviométrique largement excédentaire vers les régions du Sud où il faudra organiser des zones de stockage, notamment souterraines, pour gérer la variabilité de la demande et du climat, Suivant ce qui fonctionne déjà à l'échelle d'une région (stockage dans des lacs en hiver et redistribution en été), le fait de proposer et de réaliser cet échange Nord-Sud aurait des impacts politiques, sociaux et économiques majeurs pour l'ensemble des pays, qu'ils soient en Europe, en Afrique du Nord ou au Moyen Orient.

Cette redistribution d'une ressource en eau abondante à des latitudes élevées vers ces régions arides sera à même d'atténuer au moins en partie certains effets annoncés du changement climatique. Certes la mise en œuvre de cette proposition semble à première vue impossible à réaliser du fait des distances, des difficultés techniques et des coûts, cependant les coûts sociaux, économiques et environnementaux auxquels tous ces pays voisins vont avoir à faire face seront certainement plus importants encore.

Une fois ce surplus d'eau disponible localement, le retour de cultures aujourd'hui difficiles, voire impossibles, devrait favoriser à long terme l'amélioration du climat local et permettre ainsi d'atténuer le risque de sécheresses sévères (moins de 100 mm de pluie annuellement est une caractéristique de la plupart des zones situées à plus de 100 km de la mer avec certaines années seulement 50 ou 20 mm !). La connaissance des conditions locales de formation des pluies (aérosols, climatologie, radar, lidar, phase liquide, phase solide, modèles, etc.) doit être renforcée pour estimer quelles sont les possibilités éventuelles pour accroître le rendement des précipitations. Il existe déjà au Maroc, aux Emirats Arabes Unis, en Libye, en Syrie et dans plusieurs autres pays, des compétences scientifiques et techniques pour aborder de front ces questions. Leur approche vise prioritairement l'application avec peu de travaux scientifiques indépendants ou complémentaires susceptibles d'apporter des éclaircissements sur les hypothèses de prévention utilisées de manière à éventuellement les faire évoluer. Par exemple les questions qui m'ont été posées à la suite de mon exposé concernent surtout le comment se procurer des torches de sels hygroscopiques sans penser à se donner les moyens de vérifier si leur utilisation serait efficiente dans leur situation. Mais le temps est compté et je pense que d'une manière ou d'une autre, l'Europe devrait s'engager au plus vite auprès de ces pays qui espèrent tant de la modification du temps. Il y a quelques jours le Conseil de Recherche National des USA a recommandé dans son rapport annuel des efforts de recherche concentrés sur les actions de modification du temps intentionnelles ou accidentelles.

http://www.usatoday.com/weather/news/2003-1013-nrc-modification_x.htm

 

Aux côtés de l'Italie, des pays des Balkans et de la Russie, la France, malgré les positions affichées jusqu'à ce jour par la majorité des scientifiques sur l'impossibilité de modifier les précipitations, se devrait d'apporter son expérience et des moyens pour faire avancer ces types de projet. L'OMM semble sérieusement disposée à fournir les relais nécessaires pour y parvenir.

 

Dr Jean-François Berthoumieu

Directeur de l'Association Climatologique de la Moyenne-Garonne et du Sud-Ouest

 

© Institut Européen de Cindyniques -Lettre n° - 39 - Juin 2003