QUELQUES REFLEXIONS DE L'INSTITUT SUR LA CATASTROPHE DU 26 DECEMBRE EN ASIE
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Le dimanche 26 décembre 2004 vers 7 heures du matin (heure locale) un séisme de magnitude 9 sur l'échelle ouverte de Richter s'est déclenché au large de Sumatra.
Il a induit un raz de marée qui a frappé les îles Nicobar avec une vague de l'ordre de 10 mètres de haut, puis le sud de la Thaïlande, le Sri Lanka, l'Inde du Sud, les Maldives, les Seychelles et, en fin de course, l'île Maurice, Madagascar et les côtes africaines où des vagues supérieures à un mètre ont touché l'intérieur des terres.
Nota : si un tsunami entraîne un raz de marée, un raz de marée n'est pas forcément synonyme de tsunami et il peut être déclenché par une tempête, un cyclone, etc.
Il sera bien difficile de recenser toutes les victimes directes ou indirectes mais elles se compteront en centaines de milliers et entraîneront certainement un effet domino à long terme
Au delà de l'émotion qu'ils ressentent comme toute la planète, les spécialistes en sciences du danger (cindyniciens) se sentent directement interpellés : mais que diable pouvions-nous faire pour prévenir une telle « géocatastrophe », ou, à tout le moins, en limiter les conséquences ? Et que peuvent apporter à l'avenir les approches « cindyniques » au vu de cette immensément dramatique expérience ?
Quelques mois après, seules quelques réflexions préliminaires peuvent être avancées, au double risque de la banalité par rapport à toutes les déclarations et de l'inexactitude lorsque l'analyse aura progressé.
NDLR
Une telle catastrophe était-elle prévisible ?
L'occurrence d'un séisme dans cette zone était prévisible si on se réfère à la cartographie mondiale des risques sismiques. En revanche, il était impossible dans l'état de nos connaissances d'en fixer une date et de donner la magnitude et l'épicentre.
L'ampleur du raz de marée qu'il pouvait induire ne pouvait qu'être approchée sommairement, notamment grâce à l'expérience acquise dans le Pacifique puisqu'au cours du XXème siècle près de 800 tsunamis y ont été enregistrés, touchant souvent le Japon et le Kamchatka.
La grille d'analyse cindynique s'applique-t-elle ?
Les experts en sciences du danger (cindyniciens) ont élaboré, à partir de l'analyse des grandes catastrophes de la fin du XXème siècle, essentiellement dans les domaines techniques, une grille de lecture reposant sur dix « déficits ». Nous constatons qu'un certain nombre de ces lacunes pré-existent malheureusement dans la catastrophe du Sud-Est Asiatique. Même si culturellement le fatalisme fait souvent partie de la vie quotidienne de certaines des populations concernées, quelques déficits cindyniques ont quand même contribué, non pas à aggraver, mais à amplifier le phénomène observé :
- 1/ Pas de formation aux risques des populations,- 2/ Mauvaise ou non utilisation de l'expérience acquise en particulier non prise en compte des petits séismes annonciateurs et des faits historiques,
Sur l'historique des séismes dans le monde on pourra se référer au site :
- 3/ Pas de communication : aucune alerte ne pouvait être donnée car aucun système d'alerte n'existait : des satellites et des laboratoires ont certes « vu » le phénomène mais les responsables n'avaient pas de correspondants dans les pays concernés pour relayer l'alerte.- 4/ Pas de système de gestion de crise : les pays touchés par la catastrophe, à l'exception de la Thaïlande et de l'Inde qui ont immédiatement envoyé des troupes et du matériel, ont été pris de court. De plus, ils ont sans doute aussi été limités dans leur action par leur manque de moyens matériels en particulier d'hélicoptères voire d'essence et aussi par le contexte politique local (conflit Tamouls/Cinghali).
Un certain nombre de centres de recherches travaillent sur le sujet, en particulier :
- L'Université de Washington :
- L'Université de Californie :
Qu'en est-il pour l'Europe ? et la France ?
Un séisme important peut également se produire en Europe. Par exemple, il est déjà arrivé le 1er novembre 1755 à Lisbonne. Cette ville a été presque totalement rasée par un tremblement de terre suivi d'un tsunami et de nombreux incendies. Cela a entraîné de grands échanges de correspondance entre Voltaire et Rousseau sur la place de Dieu et de l'Homme dans la Nature, mais cela n'a pas empêché les Portugais de reconstruire leur capitale au même endroit.
En France, la Méditerranée peut générer un raz de marée, certes de moindre ampleur, mais suffisant pour faire de nombreuses victimes compte tenu de l'urbanisation de nos côtes. Le 16 octobre 1979 une partie de l'aéroport de Nice était emportée dans la mer mais les avis diffèrent sur l'origine : tremblement de terre, mini-tsunami, coulée de boue importante dans la mer,
Sur les « tsunamis » ayant frappé la Côte d'Azur on pourra se référer au site :
De même un tsunami venant de l'Atlantique, dû à l'effondrement d'un volcan situé sur l'île de Palma aux Canaries, est possible : il pourrait toucher, outre les côtes européennes, toute la côte américaine, du Canada au Brésil, ainsi qu'une partie des côtes africaines. La vague se propagerait là aussi à une vitesse de l'ordre de 700 km/h.
Sur la vitesse des vagues à la fois en mer et près des côtes on pourra se référer au site de l'ENSEEIHT de Toulouse :
Mais si, en Europe les communications sont sensées passer correctement, nous devons rester modestes. N'oublions pas, par exemple, la catastrophe naturelle qui a frappé la France et une partie de l'Europe à la fin de l'année 1999. Deux tempêtes successives avec des vents proches de 200 km/h ont balayé la France. Lors de la première vague qui a frappé l'ouest et le nord du pays, Meteo France n'a pas émis de bulletin d'alerte et on a déploré une cinquantaine de victimes. Pour la 2ème vague qui a eu lieu quelques jours plus tard et a touché le Sud-Ouest et le Centre, Meteo France avait alerté les populations. Pourtant une cinquantaine de victimes ont été dénombrées, souvent parmi des curieux ! Cela se produit moins fréquemment aux Antilles ou à La Reunion lors des cyclones.
Une culture du risque, qu'il soit naturel ou technologique, est donc à approfondir en France avec une formation dès le plus jeune âge.
Ainsi, une jeune Anglaise d'une dizaine d'année a pu sauver une centaine de personnes sur une plage en Thailande car elle avait appris à l'école les signes avant-coureurs du tsunami.
Peut-on, sinon prévoir, du moins donner l'alerte ?
Comme on l'a dit on ne peut pas prévoir les séismes. C'est un des défis à la Science.
En revanche, l'analyse des faits historiques permet de dresser des cartes de probabilités étayées par l'étude géologique des sols et sous-sols.
Si, face aux séismes, nous sommes encore démunis, quelques minutes gagnées par une information préalable, (voire l'interprétation de signaux précurseurs) et l'application de règles simples de comportement peuvent considérablement réduire le nombre de victimes.
Dans certaines régions, lorsque le séisme se déclenche, des réseaux d'alerte permettent d'avertir les populations avec des chances de réussite plus importantes pour celles qui sont les plus éloignées de l'épicentre du séisme. Le tsunami se déplaçant à une vitesse de l'ordre de 700 km/h les populations devraient être distantes de l'épicentre de 700 km au minimum. Car l'expérience montre qu'il s'écoule souvent une heure entre le déclenchement de l'alerte et l'alerte sur la côte.
Nota : en comparaison un cyclone se déplace en général à une vitesse de 20 km/h à 40 km/h, ce qui permet de préparer les populations et donc d'éviter des victimes.
Dans le Pacifique, un système d'alerte americain basé à Honolulu, le Pacific Tsunami Warning Center, géré par le NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), permet de donner l'alerte dès le repérage d'un séisme.
Un autre centre d'alerte existe pour la France à Tahiti.
Selon José AGACHE, professeur à l'Institut de physique du globe de Paris, « l'Europe a pris l'initiative, il y a trois ans, de développer dans le cadre du programme de recherche de la Commission européenne, un système global pour la surveillance, la gestion, la prévision et l'alerte ; GMES pour Global Monitoring for Environment and Security. Ce GMES affiche comme objectifs : de coordonner des moyens d'observation, spatiaux et non spatiaux et des capacités de modélisation et de communication pour que toutes les informations nécessaires au contrôle de l'environnement, à la gestion des ressources et à la sécurité des populations soient produites et acheminées vers ceux qui en ont besoin. »
Au Japon, un système permet de détecter les séismes en pleine mer et un organisme spécialisé, le Tsunami Warning Center déclenche alors éventuellement l'alerte.
En Asie du Sud-Est, il n'existait pas de système d'alerte organisé. Certes une station située à Java avait repéré le tsunami en particulier par satellite et des opérateurs avaient pu voir en particulier ce phénomène remarquable où la mer se retire sur des centaines de mètres. Mais après avoir observé, il aurait fallut ensuite relayer l'alerte aux populations concernées. De plus, il reste de gros efforts à faire, en particulier pour sensibiliser et former les populations (y compris les touristes), les entraîner par des exercices réguliers et diffuser largement des consignes claires sur la conduite à tenir en cas d'alerte (cf les consignes affichées sur toutes les portes des chambres dans les hôtels japonais sur la conduite à tenir en cas de séisme).
Afin de mieux surveiller l'Océan Indien il faudrait installer un système de détection en mer (bouées) relié à un centre d'alerte comme cela existe pour le Pacifique ou coordonner à l'échelon international les moyens d'observation par satellite, les dispositifs d'alerte et à l'échelon local les systèmes d'information des populations. N'oublions pas que, face à un séisme, une éruption volcanique, un cyclone ou un raz-de marée, chaque minute gagnée pour prévenir des populations entraînées peut sauver des milliers de vies. Les pays concernés, aidés d'experts internationaux, doivent donc mettre leurs moyens en commun et profiter de la prise en compte du risque de tsunami par la communauté internationale pour lancer une véritable politique de protection.
Une fois l'alerte donnée il faut encore survivre au séisme et là également un certain nombre d'études en particulier d'origine américaine à la suite de séismes ayant frappé Hawai, le Chili et le Japon permettent de promouvoir des cours de protection élémentaires pour la population:
Peut-on en prévoir les conséquences ?
Oui, du moins pour les pays ayant investi dans ce domaine. Il existe en effet depuis peu des outils sérieux de simulation qui permettent de déterminer très rapidement les conséquences d'une catastrophe.
Ainsi, en France, la société XISTOS Développement, créée par l'Université Pierre et Marie Curie, propose de tels produits depuis 2004. Ces simulations sont basées sur une étude très fine des sites : structures des bâtiments, occupation, type d'urbanisme, etc.
Un autre produit de modélisation plus orienté vers les industriels est proposé par le CERP en collaboration avec les services départementaux d'incendie du Finistère. Ces modélisations permettent de déterminer selon l'heure, le mois, la nature des vents et des séismes, le niveau de la catastrophe en termes de victimes et d'habitations touchées. Cela peut permettre entre autres aux sauveteurs de mieux élaborer leurs plans d'action.
Les conséquences des catastrophes ne sont pas identiques selon les lieux.
Il faut bien constater q'un séisme d'intensité identique touchant une zone fortement urbanisée peut causer la mort de nombreux habitants. Mais ces catastrophes causent en général beaucoup moins de victimes dans un pays riche que dans un pays pauvre. Ainsi, par exemple, deux séismes de magnitude voisine ont frappé en décembre 1988 l'Arménie et, en octobre 1989, San Francisco. On a compté 25 000 victimes en Arménie mais environ 200 morts aux Etats-Unis. Enfin le coût de 1 million de dollars pour l'Arménie est sans aucune commune mesure avec le coût du séisme américain.
Plus près de nous dans le temps, le séisme de 6,2 sur l'échelle de Richter qui a frappé l'Algérie le 21 mai 2003 a fait plus de 3 000 victimes tandis que celui de Bam, en Iran, survenu le 26 décembre 2003, d'une intensité de 6,8 degrés sur l'échelle de Richter, a fait plus de 30 000 victimes.
En parallèle, si on prend les tremblements de terre de la même année ayant affecté un pays comme le Japon, riche, bien organisé face aux séismes, même si parfois il y a des ratés comme à Kobé, en se limitant aux faits récents, on constate que le 26 mai 2003, un séisme de degré 7 a touché tout le nord-ouest du Japon sans faire une seule victime ; de même, le. 26 septembre 2003, un séisme de degré 8 sur l'échelle de Richter a frappé l'île Hokkaido, ici aussi sans faire de victimes.
Par ailleurs, au delà des victimes directes et immédiates des séismes ou des tsunamis, leurs conséquences à court terme dans les zones sinistrées que sont la malnutrition, le manque d'eau, les épidémies, n'affectent pas de façon uniforme les populations concernées, notamment selon le degré de leur développement technique et économique.
Les Nations Unies ont établi des plans pour faire parvenir l'aide alimentaire aux déshérités :
http://www.un.org/apps/news/infocusRel.asp?infocusID=102&Body=tsunami&Body1=
L'Organisation Mondiale de la Santé est également intervenue :
A moyen et long terme la sensibilité aux pathologies induites, aux bouleversements sociaux, familiaux, aux effets psychologiques, est aussi très variable selon le contexte local, mais cette fois les plus fragiles ne sont pas nécessairement les moins développés.
Que penser de l'aide internationale ?
Dès l'annonce de cette catastrophe, nous avons assisté à un immense élan de solidarité et de générosité des populations et des gouvernements. Tous les pays se sont mobilisés pour porter secours aux divers pays touchés par le tsunami. Les ONG, habitués à faire face à des événements dramatiques ont su mobiliser leurs énergies pour distribuer le plus rapidement possible nourriture, eau, et soins.
Tirant les leçons de ce tsunami, les Nations Unies ont mobilisées quelque 4 000 scientifiques et officiels de plus de 150 pays lors de la réunion à Kobé, afin de financer plus généreusement les opérations de secours et de reconstruction et de mieux prévenir les catastrophes naturelles en décidant de lancer, d'ici à juin 2006 dans l'océan indien et juin 2007 à l'échelle de la planète, un système d'alerte global aux tsunamis.
Il est certainement prématuré de tirer des leçons d'une telle expérience. Mais quelques points significatifs ont déjà attiré notre attention.
L'aide internationale doit être mieux coordonnée et répondre aux vrais besoins de la population. Il n'est par exemple pas sérieux de distribuer des couvertures à des réfugiés qui souffrent de la forte chaleur. De même, compte tenu des lieux (sur l'archipel des îles Nicobar et Andaman, on compte près de 300 îles en plus très boisées), l'hélicoptère est le moyen le mieux adapté pour apporter de l'aide. Or peu de pays en ont envoyé.
L'aide doit être mieux utilisée : on a vu certains hôpitaux où on comptait de nombreux chirurgiens mais pratiquement aucune infirmière. Certaines organisations de secours semblaient même être en compétition avec d'autres alors que le but était bien de sauver le maximum de personnes.
L'aide doit aussi être désintéressée : comme un peu partout on a vu très vite arriver des groupes entiers et bien organisés de membres de sectes dont le but était plus de chercher de nouvelles recrues et d'occuper les lieux avec utilisation immédiate des images via Internet (leurs tee-shirts sont parfaitement identifiables) que d'aider les populations.
L'aide doit également tenir compte des coutumes et traditions locales : on ne traite pas les morts de la même façon dans la religion hindouiste que dans la religion boudhiste ou musulmane. De même la présence de nombreux militaires étrangers a parfois été vécue comme une véritable occupation étrangère.
Enfin les secours ne doivent pas se limiter au dénombrement des morts et aux soins apportés aux blessés. Ils doivent également s'investir à faire renaître une vie quotidienne décente et la reprise des activités.
Pour cela il faut satisfaire les besoins élémentaires en nourriture et eau et veiller à endiguer les risques d'épidémie.. Cela signifie la remise en état du réseau routier de base pour acheminer l'aide alimentaire, mais aussi des canalisations brisées, des réservoirs endommagés ou pollués par les cadavres. Ainsi, en Indonésie deux associations spécialistes des problèmes d'eau, Aquassistance et Veolia Waterforce, sont intervenues très rapidement pour amener des camions citernes, creuser de nouveaux puits, vérifier la qualité de l'eau, la traiter si nécessaire pour la rendre potable, former du personnel qualifié pour la maintenance des installations.
Il faut donc avoir à l'esprit l'ensemble de ces paramètres pour agir d'une façon optimum.
Et après les quelques semaines de mobilisation ?
L'aide va également jouer pour la reconstruction et, à ce moment là, il faudra faire preuve d'une grande vigilance : ne pas reconstruire à l'identique, et tenir compte de l'ensemble des risques potentiels : séismes, tempêtes, cyclones, débordements de rivières, glissements de terrain dus à une urbanisation anarchique et au déboisement, salubrité, sécheresses, etc..
Le BRGM français a fait un certain nombre de propositions en ce sens :
Il faudra également tenir compte des souhaits de la population locale souvent diamétralement opposés : certains veulent reconstruire à l'identique au même endroit, d'autres veulent aller reconstruire en dur très loin.
Si, pour l'instant, on a vu des associations d'architectes bénévoles venir sur le terrain afin de préconiser des mesures de reconstruction à prendre, aucun organisme international ne peut certifier la sûreté des nouvelles zones à construire.
Certains souhaitent « sécuriser » des zones en construisant par exemple des écoles à plusieurs mètres du sol et avec des poteaux renforcés afin de sauver les enfants et de permettre aux populations locales de trouver rapidement une zone de sécurité en cas d'arrivée d'une vague géante.
D'autres se sont lancés dans la construction d'immenses murs coupe-vagues en béton de plusieurs mètres de hauteur en fin de plage.
Il y a une réflexion globale à mener sur la sécurisation des lieux et ensuite des expériences à suivre.
Des pistes pour agir ?
Un rapport intitulé « Réduire le risque des désastres », publié le 2 février 2004 par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), constatant les très fortes disparités de traitement selon les pays se posait la question « peut-on continuer à parler de catastrophes naturelles ».
L'action doit commencer par la prise en charge d'une vision stratégique, systémique, de l'expérience douloureusement acquise. Couvrir tout le champ du phénomène, depuis les conditions amont qui en déterminent la propagation plus ou poins catastrophique, jusqu'aux ultimes conséquences techniques, écologiques, économiques, et finalement humaines. Est-ce à la portée des équipes qui réfléchissent déjà difficilement aux catastrophes de moindre ampleur ?
Les gouvernements eux-mêmes, captés chacun, isolément, par l' « urgence de faire » et les contraintes politiques nationales et locales, ont-ils les moyens de piloter cette gigantesque analyse de l'expérience ?
Ne risque-t-on pas maintenant un « tsunami de Yaka » qui emportera dans ses flots toute possibilité de vérité, cette vérité que nous devons aux victimes pour que leur mort serve à construire un avenir meilleur ?
L'O.N.U., qui s'est vue confier la coordination des opérations d'aide internationale, peut-elle prendre la conduite d'une réelle opération d'analyse d'expérience ?
Une conduite réaliste, qui :
- accepte que les faits soient immensément nombreux et que seule une infime fraction en apparaîtra, mais qui les hiérarchise ;- accepte que les regards à poser sur cet océan de désespérance soient divers, divers par la culture qui les sous-tend, divers par les disciplines scientifiques qui les soutiennent ;
- veille à l'honnêteté scientifique et éthique de ce qui sera avancé, des qualités beaucoup plus rares qu'on se plait à le croire !
Quelle est la contribution de l'Institut à une meilleure connaissance des risques naturels:
Depuis son origine l'Institut Européen des Cindyniques s'est ouvert à l'étude et à la prévention de l'ensemble des risques, que ceux-ci soient d'ordres technologiques, domestiques, ou naturels .
Nous avons donc publié depuis 1991 un certain nombre de communications sur ce thème, en particulier :
- Dans la Lettre des Cindyniques N°3 de Juin 1991, Haroun Tazieff, président du comité scientifique de l'Institut, parlait des « petites et grandes catastrophes ».- Dans la Lettre des Cindyniques N°15 de Mai 1995, Michel Turpin évoquait, à l'occasion du séïsme de Kobe déjà les mêmes déficits.
- Dans la Lettre des Cindyniques N°15 de Mai 1995, Mme Joanne M. Rigg livrait ses observations sur la gestion des situations de crise, les impacts sociétaux, les comportements humains, l'organisation générale et les problèmes liés aux interventions. Tout est d'une actualité brulante?
- Dans la La lettre des Cindyniques N°16 de Juillet 1995 on trouve un article sur « la prévention des catastrophes naturelles dans le monde » établi par Philippe Masure du BRGM... Cet article permet de mieux comprendre la globalité du système et de mesurer les évolutions. Dans la même Lettre on trouve un article d'Yves Caristan sur « la prévision des séismes et les précurseurs sismiques »,
- Toujours dans la Lettre des Cindyniques N°16 de Juillet 1995, Haroun Tazief, qui a été le premier président du comité scientifique de l'IEC, apportait un commentaire, à son habitude dynamique, sur la lecture de la Lettre N° 15...
- Dans la Lettre des Cindyniques N°21 de Février 1997, Patrick Rubise s'interrogeait sur la gestion de crise en France suite à des événements météorologiques graves.
- Dans la Lettre des Cindyniques N°30 de Mars 2000 un article d'experts de l'INERIS détaillait les conséquences du séisme d'Izmit sur les installations industrielles.
- Dans La Lettre des Cindyniques N°31 de Juin 2000, François Girard nous expliquait les « risques météorologiques, risques prévisibles ».
- Dans la Lettre des Cindyniques N°32 de Novembre 2000, Jean-Pierre Bourdier exposait le retour d'expérience à EDF après les tempêtes de décembre 1999.
- Dans la Lettre des Cindyniques N°36 de Mai 2002, le général Jean-Pierre Morin nous invitait à mieux connaître « les sectes coercitives : macrorisques de société ».
Ces documents sont consultables sur notre site www.cindynics.org rubrique « Nous avons publié »
Compte tenu de son expérience sur la connaissance et la prévention des risques, l'Institut Européen de Cindyniques peut apporter une contribution, même modeste, à l'opération d'analyse d'expérience qui devra mettre en uvre cette vision stratégique et systémique recommandée.
Amis des cindyniques, soyez donc prêts à fédérer votre savoir avec tous ceux qui pourront contribuer à cet effort planétaire : l'heure et la décence ne sont pas aux querelles de chapelles !
Patrick RUBISE
Délégué à la Communication
Avec la collaboration active des membres du Bureau de l'Institut.