DES CINDYNIQUES AU
MANAGEMENT PAR LA
SECURITÉ
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Il n'est pas de jour sans que l'actualité nous rappelle cruellement par un accident, une catastrophe naturelle, l'écroulement brutal d'une entreprise de renommée mondiale que le risque n'est pas une utopie. Tous les milieux et tous les domaines sont ou peuvent être touchés et les conséquences primaires déjà énormes deviennent catastrophiques par les effets secondaires souvent sous-estimés ou ignorés.
L'accident n'est pas une fatalité. Prévenir vaut mieux que guérir. Des efforts sont nécessaires pour construire et assurer une meilleure sécurité. Ceci nécessite une identification des risques réels, des travaux d'analyse de causes et une gestion de synthèse pour maintenir les niveaux de risques. Ces approches doivent être globales pour ne plus se contenter d'une couverture juridique ou de simple assurance mais pour identifier puis couvrir l'ensemble des risques les plus graves présentés par une activité, une organisation.
Le besoin d'une approche globale de la sécurité des systèmes est récent. Elle a débuté en 1964 aux Etats-Unis lors du colloque de Seattle.
L'arbre de défaillance (Fault Tree), toujours considéré comme un outil indispensable dans une analyse de sécurité, a commencé à être utilisé en France vers les années 1970, presque en même temps que l'Analyse de Mode de Défaillance, de leurs Effets et de leurs criticités (AMDEC), dont l'utilisation dans les études de fiabilité est quasi généralisée à ce jour. De telles analyses masquent souvent le besoin essentiel de toute construction de la sécurité qui est la prise de décision.
« Qu'est-ce, pour vous, un système ou une entreprise sûrs ? »
Si vous, décideur responsable, savez répondre à cette question de manière précise, un grand pas vers la sécurité est fait.
Par contre, si vous ne pouvez répondre à cette question, davantage d'argent englouti, davantage de temps passé et d'études réalisées deviennent un alibi pour faire face à tous les problèmes de sécurité mais ne peuvent être une garantie d'un système plus sûr. Le refuge de la non-réponse est la quantité de papier produit et le volume des finances engagées. En fait toutes les études de sécurité doivent entraîner une prise de décision par le responsable du système afin d'en autoriser le fonctionnement ou l'utilisation en son âme et conscience en ayant la conviction que son niveau de sécurité est acceptable et qu'il puisse répondre positivement à la question initiale.
Cette nécessité conduit aujourd'hui les responsables à se tourner vers des outils de sûreté de fonctionnement très performants (Graphes de Markov, Réseaux de Pétri, Sneak Analysis, etc.). Ceux-ci doivent rester l'apanage de spécialistes développant des outils nouveaux dans le cadre de leur domaine d'analyse et, en aucun cas, il ne faut oublier le besoin précis de sécurité auquel ces outils répondent. La présentation d'une synthèse de ces travaux aux décisionnaires leur permettra d'avoir l'intime conviction de posséder un système sûr.
La construction et la gestion de la sécurité d'un système reposent sur une organisation où :
- le décideur responsable sécurité élabore les objectifs,- l' analyste qui fait l'étude sécurité,
- le responsable qualité qui, par les contrôles qu'il effectue à partir des éléments issus des études précédentes, dispositions matérielles, procédurales, etc., permet de garantir la bonne réalisation des matériels, la mise en place des procédures adéquates conformément aux besoins précis exprimés dans les travaux de sécurité.
Ces trois entités avant des missions complémentaires indispensables à l'assurance de la sécurité, doivent être indépendantes.
Le plan de sécurité du système a pour objet de bien préciser en ce sens les rôles de chacun, comment ils doivent communiquer les informations techniques dans l'organisation du programme et dans les différentes phases de vie de celui-ci depuis l'avant-projet jusqu'à l'utilisation opérationnelle. Le démantèlement, dans le cas où cette dernière phase de vie présenterait des problèmes de sécurité pour l'environnement ou les personnes, ne doit pas être oublié.
La définition des risques et des évènements redoutés qu'il convient d'étudier afin d'en maîtriser la criticité, combinaison de la probabilité d'occurrence et de la gravité des conséquences d'un accident, permet donc de définir les mesures de prévention (diminution de la probabilité) ou de protection (diminution de la gravité des effets) qu'il convient de prendre.
Nous identifions donc ici le management d'un système par la sécurité.
Il faut noter que ces travaux vont bien au-delà d'une simple couverture réglementaire et juridique ou la mise en conformité par simple acquisition de mesures de protections, de barrières ou d'alarmes...
Notre approche implique une réflexion globale sur les dangers réels d'une entreprise, tels que l'accident humain, la perte de l'image de marque ou l'appropriation de tout un savoir-faire qui peuvent avoir des conséquences désastreuses beaucoup plus graves que les risques pour lesquels elle est protégée. Cette approche systémique est nécessaire pour cerner les dangers qui menacent l'entreprise ; c'est une des bases même des sciences du danger, des cindyniques.
Jean-Louis DESCHANELS - Secrétaire Général I.E.C.