LA CINDYNIQUE
SANITAIRE
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Le caractère encyclopédique des cindyniques permet d'appliquer leurs axiomatiques et leur épistémologie à un grand nombre de problèmes collectifs de santé. Depuis près de cinquante ans les états et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à laquelle ils adhèrent, ont centré leurs politiques de santé sur les conditions sanitaires régnant en 1945 : les grandes maladies infectieuses et la malnutrition.
Certes ces deux grands fléaux s'imposent toujours aux deux tiers de la population en développement, mais ils ne résument pas la pathologie universelle, et la dernière décennie a montré les limites des actions contre eux : les pays pauvres n'ont pas les moyens de développer l'hygiène ni d'acheter les vaccins contre les germes pathogènes, et l'amélioration de la nutrition se heurte aux prix internationaux des denrées.
Dans les pays riches les maladies épidémiques traditionnelles ne règnent plus, ni les hypovitaminoses ni les disettes, l'espérance de vie à la naissance augmente régulièrement, des sommes considérables sont dépensées contre les maladies cardio-vasculaires ou dégénératives et les toxicomanies, avec des succès et des échecs mal explicables.
Depuis vingt ans les politiques sanitaires des gouvernements et de l'OMS n'ont pas changé, en outre elles sont incapables de diminuer les dépenses collectives dont certaines sont à l'évidence inutiles puisque n'ayant pas prouvé leur utilité.
Or, ni les ministères de la santé des pays pauvres et riches, ni l'OMS ne se sont préoccupés de plusieurs circonstances qui entraînent des morbidités et des mortalités importantes : les professionnels de la santé ne sont formés, organisés et équipés que pour intervenir après la catastrophe, pour soigner les blessés, brûlés, infectés ou intoxiqués.
Tel est le cas pour les accidents de transports de la route, du rail, par air ou sur l'eau, les intoxications alimentaires dues à la restauration collective, les explosions industrielles, les incendies, les accidents domestiques même s'ils frappent les individus plus que les groupes, les émeutes, les lésions dues aux sports pratiqués en dehors des règles de sécurité, etc., sans compter les catastrophes naturelles. Tous ces phénomènes sont, par leurs conséquences, du domaine de la santé publique et devraient impliquer ses gestionnaires, ce qui est rarement le cas.
Les expériences périodiques en France des plans ORSEC, ORSEC-RAD, du plan rouge, du plan particulier d'intervention, du plan d'urgence, (tous administrativement définis), l'affaire du sang contaminé par les VIH, ont démontré l'imprégnation des personnes et l'incoordination des services divisés par leurs missions, leurs finalités et leurs déontologies respectives.
Même l'irruption du sida pourrait ne pas être considérée comme un phénomèneimprévisible.
Certes des maladies connues, par exemple la peste ou le choléra, ne sont pas des risques pour l'Europe, mais on sait qu'un virus peut à tout moment se modifier et devenir pathogène, et qu'un virus ou prion inconnu peuvent survenir à tout moment. Dans les années 1917-1920 la grippe espagnole, due à un virus non identifié, a fait en Occident plus d'un million et demi de morts, pour disparaître ensuite.
L'ignorance des services publics, surtout sanitaires, aux raisonnements et à la réflexion cindynique, est totale. On peut envisager de les y adapter, en mettant au début l'accent sur l'accidentalité de la violence.
Professeur J-C Sournia de l'Académie de Médecine
Ancien Directeur Général de la santé, Président du Club européen de la santé
N.D.L.R. : Le professeur J-C Sournia fait partie de la vingtaine d'experts, réunis par notre ami Gilles Hériard Dubreuil à la demande de l'OMS, qui réfléchiront sur les problèmes d'épistémologie et de cindynique sanitaire le 8 avril 1993 à Paris.