L'INSÉCURITÉ ROUTIÈRE, EST-CE GRAVE ?

L'insécurité routière (un peu plus de 9 000 morts et 198 104 blessés en France en 1992) est devenue, depuis une vingtaine d'années, une question de santé publique, mais malheureusement pas une question de société.

Question de santé publique, avec des politiques de prévention et de répression portant sur le port obligatoire de la ceinture de sécurité, la lutte contre l'alcool au volant, le port obligatoire du casque pour les motocyclistes ; l'organisation de services d'urgence efficaces complète le dispositif de prévention, ainsi que les politiques de contrôle des réglementations énumérées ci-dessus.

L'efficacité de cette politique est évidente, même si on tient compte d'autres mesures telles que les limitations de vitesse, l'amélioration de la qualité technique des véhicules et la meilleure formation des hommes qui conduisent de manière plus uniforme.

Spécialistes du domaine, mais également élus et citoyens, sont conscients que ces progrès sont nettement insuffisants. Des objectifs de diminution par deux de l'insécurité ne sont pas absurdes, selon les spécialistes, et notamment le monde médical.

Et pourtant, ce fléau catastrophique n'est pas perçu ainsi, le doute se perpétue sur les possibilités de modifier les résultats, et la plupart des automobilistes ne se sentent guère concernés par l'observation des règles de « bonne circulation ».

Les comportements de conduite ne se modifient que très lentement, malgré les politiques de prévention et de répression, malgré les campagnes d'information et malgré les efforts de formation initiale et continue.

Outre la connaissance des règles de circulation (Code de la Route), information et formation ont pour but de sensibiliser et d'exploiter les situations de risque pour lesquelles le conducteur devrait modifier son comportement.

La formation initiale dans les écoles et collèges se développe avec des attestations scolaires de sécurité routière qui ont pour ambition de mieux faire comprendre le fonctionnement théorique du système de circulation routière (cinématique et mécanique des véhicules, élargissement du champ visuel contrôlé, exemples types de situation à risque, comportements adaptés à ces situations).

Un plan national de formation a été établi par l'INRETS pour le compte du Ministère des Transports pour guider la formation dans les auto-écoles. Outre l'apprentissage du véhicule et de la conduite en circulation, il vise à varier les situations de conduite, à apprendre à anticiper les situations à risque et à adapter sa conduite dans ces situations. La généralisation par le Ministère des Transports de l'apprentissage anticipé de la conduite à partir de 16 ans a pour objet d'amplifier encore pendant deux ans et au moins 3 000 km la formation par un « tutorat » qui permet de se trouver dans des situations très différentes de circulation et de risque (circulation dense ou fluide, par beau temps ou mauvais temps, de jour ou de nuit, sur des réseaux différents, etc.).

Une formation continue complète le dispositif à l'initiative des entreprises, ou... après la perte de points du capital de 12 points du permis de conduire. Elle a pour objet de les sensibiliser à l'insécurité routière dans son ensemble, de leur expliquer les mécanismes d'accident, et de les mettre en situation de modifier leur comportement en les rendant attentifs aux risques pour les autres et pour eux-mêmes.

Expliquer et convaincre, dès l'école, les jeunes piétons et cyclistes du collège, les apprentis utilisant des deux-roues motorisés, plus tard en auto écoles les futurs conducteurs, c'est ce continuum d'apprentissage du risque que la délégation interministérielle à la sécurité routière met en place.

C'est, sans conteste, une des applications les plus « grand public » de la cindynique dans la vie de tous les jours.

Georges Dobias., Directeur Général de l' INRETS

Membre du Comité Scientifique de l'IEC.

 

© La lettre des cindyniques - Numéro 8 - Juin 1993