RISQUE ET OPINION

 

L'Observatoire de l'opinion sur les risques et la sécurité s'est réuni, sous la présidence de Philippe Vesseron, Directeur Général de l 'IPSN (Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire), pour la 4ème fois le 22 juin 1993, à Fontenay aux Roses, dans les locaux de l'IPSN.

Un sondage réalisé pour le compte de l'IPSN par BV A, au mois de mai 1993, montre que 87% des Français placent le problème des déchets radioactifs en tête devant la destruction des forêts (86%), la pollution de l'eau (85% ) et les déchets chimiques (83%). Par rapport à 1982, les résultats restent stables, sauf pour la pollution atmosphérique qui angoisse moins, puisqu'elle passe de 84% à 78%, et les centrales nucléaires qui passent de 69% à 65%. Inversement la disparition des espèces animales remonte de 5 points (73% ).

Si 19% des Français accepteraient de vivre près d'une centrale nucléaire, seulement 10% d'entre eux seraient prêts à habiter près d'une décharge d'ordures ménagères et 3% près d'un site de stockage de déchets chimiques ou radioactifs. Mais près de la moitié seulement se sentent mis en danger (55% pour la centrale nucléaire, 42% pour la décharge d'ordures ménagères). Et 69% des Français estiment le risque résiduel d'un site de stockage de déchets radioactifs élevé et 74% pensent qu'il est urgent de prendre des mesures de sécurité. Enfin 35% des personnes interrogées estiment important le risque résiduel d'une décharge d'ordures ménagères et 44% souhaitent des mesures d'urgence. Les risques comme le SIDA, la drogue, et l'insécurité dans les villes progressent et près de 80% des Français estiment qu'il faut prendre très vite des mesures de prévention.

C'est en ce qui concerne le nucléaire que les Français croient le moins ce qu'on leur dit : 61 % pensent qu'on leur ment sur les déchets radioactifs et 53% pour les centrales nucléaires, tandis que les installations chimiques (51 %) et les déchets chimiques (50%) suivent de très près. Les informations sur la drogue (31% de non) et le SI DA (29% de non), les accidents domestiques (17% de non), et l'alcoolisme(16% de non), les accidents de la route et le tabagisme ( 14% de non) leur semblent moins suspects.

Par rapport à 1992, les opinions défavorables reculent de 3 à 16 points sauf pour le SIDA qui passe de 25% (octobre 1992) à 29% (mai 1993).

La compétence nucléaire marque des points puisque tout le monde progresse, l'EDF gagnant 4 points (80%), l'IPSN 12 points (77%) et le CNRS 6 points (76% ). En opposition, la compétence estimée des élus locaux ( 15%) et des hommes politiques (12%) reste faible. Seuls les écologistes ( -10%), et les associations de consommateurs (-2%), les médecins (-1%) et les organismes de contrôle de l'Etat ( -1% ) reculent.

Les Français pondèrent leurs jugements en faisant d'abord confiance aux médecins (51 %), à l'IPSN (49%), tandis qu'EDF ne recueille que 34% de capital de confiance. Les élus locaux (13%), le gouvernement (10%), les hommes politiques (6%) restent stables dans cette appréciation.

En bas du tableau, si on trace un diagramme reprenant la véracité des informations diffusées et la compétence, on voit très bien la diagonale qui sépare les acteurs institutionnels tels que l'EDF, le CNRS ou l'IPSN, jugés plus compétents que crédibles, des acteurs non institutionnels comme les journalistes jugés plus crédibles que compétents.

En complément, un sondage effectué en France et aux USA pour le compte de l'Institut Symlog permettait de mieux préciser l'évolution de la perception des risques.

Les Français semblent globalement plus préoccupés que les Américains par les risques, en particulier les déchets radioactifs et le SIDA.

En ce qui concerne les risques pour le public, viennent en tête aux USA la fumée de cigarettes, les drogues dans la rue et le SIDA, les déchets nucléaires et le stress, tandis que pour les Français on trouve dans l'ordre : les déchets nucléaires, le SIDA, les drogues dans la rue, la fumée de cigarettes, la pollution chimique.

Patrick Rubise

Secrétaire-Général Adjoint de l'IEC

© La lettre des cindyniques - Numéro 9 - Septembre 1993